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Avec "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon", qui vient de décrocher le Goncourt, Jean-Paul Dubois, écrivain discret et d'une rare élégance, signe un roman éblouissant, qui dit beaucoup du bonheur perdu, de la grâce des êtres aimés et de la liberté des hommes. Même emprisonnés.

Trois ans après le magistral La succession, Jean-Paul Dubois revient aux affaires et, une nouvelle fois, il nous bluffe dès les premières pages.

Par son écriture, d’abord, toujours d’une implacable justesse, sans fioriture et sans frime. Cet homme-là ne se regarde pas écrire : il écrit. Point. Par son thème, ensuite, puisqu’il nous enferme avec Paul Hansen, qui purge une peine de prison, quelque part du côté de Montréal. Deux ans à partager sa cellule avec un Horton, un Hells Angel dont on n’ignore rien des problèmes intestinaux ni de sa volonté de tailler en pièces ceux qui se mettraient sur sa route.

Pourquoi Hansen, fils d’un pasteur et d’une amoureuse du cinéma qui a fait Mai 68, se retrouve-t-il derrière les barreaux. Si, dans un premier temps, il nous tarde de le savoir, rapidement, on oublie la question pour regarder, tel un entomologiste, la vie en milieu carcéral. Et l’on s’évade, le temps de quelques souvenirs, dans le passé d’Hansen ; quand il s’envolait par-delà les nuages avec Winona, sa compagne. Ou quand il goûtait au bonheur pur, dans de longues promenades avec son chien. Toute l’humanité du monde semble réunie dans les pages de Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. Ce roman au titre fleuve est sans doute le plus beau qu’ait signé Jean-Paul Dubois, qui nous avait pourtant déjà habitués à des merveilles.

© D.R.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois, Éditions de l’olivier