Ça commence par la fin. Par ce jour de septembre – le 15 – quand Jean-Pierre Pernaut, trente-trois ans de JT au compteur, annonce à ses collègues et collaborateurs de TF1 que, cette fois, c’est décidé, il va passer le relais. Certains sont déjà dans la confidence depuis son retour de vacances et l’info n’aurait dû être rendue officielle qu’à la Toussaint. Mais une journaliste du Figaro ayant eu vent de l’affaire, s’apprête à publier. C’est donc tranché : le journaliste, entré à TF1 lors de la création de la chaîne, le 6 janvier 1975, va communiquer officiellement le 15 septembre. Le titre de ce premier chapitre, Coup de tonnerre dans le PAF, n’est pas usurpé : effectivement, imaginer le 13h sans Pernaut, c’est “comme un repas en Auvergne sans saint-nectaire à la fin…”, comme lui écrit un internaute. Car avant de raconter son parcours, JPP donne la parole à celles et ceux qui ont tenu à lui dire au-revoir avec leurs mots, souvent tendres, parfois drôles, toujours émus. Place ensuite au récit d’une vie, consacrée au journalisme…

C’est dans le Nord, cher à son cœur, que tout commence. Jean-Pierre Pernaut voit le jour à Amiens, le 8 avril 1950. La guerre est encore dans toutes les mémoires (l’usine familiale a d’ailleurs été détruite dans les bombardements), mais il y coule une enfance heureuse entre une maman pharmacienne et un père ingénieur. La famille est l’une des rares à posséder un poste de télévision – en noir et blanc, évidemment – mais JPP voit la vie en couleurs. Celles des vacances ensoleillées en Bretagne et du ciel bleu de la station des Gets où il va skier. Le soir, son père tape le carton avec Guy Lux et Roger Lanzac. Des hommes qui “font de la télévision”. Un présage ?

Ce serait exagéré. Pourtant, sa vocation de journaliste, Jean-Pierre Pernaut la situe autour de l’année de ses 13 ans, quand, littéralement fasciné, il dévore le Paris Match consacré à la mort de JFK, assassiné à Dallas.

Mais le chemin sera long avant le siège, tant convoité, du présentateur télé. D’autant qu’il s’offre “le luxe de cumuler deux sixièmes, deux secondes et trois terminales”. Ce qui ne l’empêche pas de réussir le concours d’entrée de la prestigieuse école de journalisme de Lille. “Je réalise la première partie de mon rêve”, écrit-il.

Les pages qui suivent racontent l’ascension du jeune Pernaut à différents postes : du Courrier Picard à l’ORTF, puis à la présentation du journal de 23 heures sur la troisième chaîne.

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Au gré des changements politiques – quand VGE se fait battre par Mitterrand, en 1981, Pernaut est seul à Chamalières, sous son parapluie, sur les marches de la Mairie ! – JPP va voyager d’un service à l’autre. Il va traiter de l’économie, remplacer Mourousi pendant les vacances, être “écarté” du studio par la star de l’époque. Avant de, finalement, prendre sa place en février 1988.

Très vite – car il y croit et y pense depuis très longtemps – Jean-Pierre Pernaut va mettre les Français au cœur de ses JT de la mi-journée. Déjà à l’époque où il travaille avec le très parisien et très mondain Mourousi, il songe, confusément, “qu’il faudra tôt ou tard que le journal télévisé reflète davantage la vie réelle des Français, qu’il devra s’ouvrir aux régions.

Pendant les 33 ans (chiffre christique pour présentateur de grand-messe télévisuelle) qu’il va y passer, il n’aura de cesse de faire respecter les 4R : Reportages, Régions, Rigueur, Rapidité.

Si son métier, qui fut et reste sa passion, occupe la majeure partie des quelque 280 pages de son autobiographie, Jean-Pierre Pernaut y aborde aussi les critiques et quolibets dont il fut victime ; les intrusions dans sa vie privée et la maladie qu’il a eue à affronter. Il rappelle aussi que tout ceci n’est pas un adieu mais un au-revoir puisqu’il a désormais rendez-vous avec les Français sur JPPTV, qu’il décrit comme “une sorte de Netflix des régions”. On ne se refait pas…

Lecteur de la DH, JPP ?

Au lendemain de l’annonce qui fit l’effet d’un tremblement de terre dans le PAF, tous les journaux de France titrèrent sur le départ de Jean-Pierre Pernaut à la retraite. Et l’intéressé de les citer : Sud Ouest pour qui c’est “la fin d’une époque”. Mais aussi L’Est Républicain, le Républicain Lorrain, La Nouvelle République, Le Midi Libre, Var-Matin, la Voix du Nord et, bien entendu, son cher Courrier picard. Dans les colonnes du Figaro, on le qualifie même de “monument de la télévision française”.

En Belgique francophone”, écrit le journaliste, “j’ai droit à un bel hommage qui fleure bon le terroir et la proximité dans le quotidien la DH, avec en titre “L’ami de la France profonde”. 

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Sympathique clin d’œil d’un homme qui a toujours entretenu avec notre titre les plus cordiales relations.

> Jean-Pierre Pernaut, 33 ans avec vous, (Michel Lafon)

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