Entre Bernard de Fallois et lui, le rapport était professionnel, amical et presque filial. Dans son dernier livre, "Le mystère de la chambre 622", son éditeur, décédé deux ans auparavant, était partout et, dans une sorte de mise en abyme de son travail d'écriture, Joël Dicker l'évoquait, le convoquait régulièrement. Seulement voilà, le temps a passé et l'auteur suisse, qui a vendu plus d'un million d'exemplaires de "La Vérité sur l'affaire Harry Quebert", a décidé de voler de ses propres ailes. Il l'a annoncé sur ses comptes Twitter et Instagram, dans une vidéo de 53 secondes qui a fait l'effet d'une bombe dans le milieu de l'édition.

"C'était une décision difficile à prendre, mais j'avais le sentiment depuis la disparition de Bernard qu'il allait falloir que tôt ou tard, je prenne un autre chemin. En même temps, j'ai toujours dit qu'après Bernard, il n'y aurait personne, j'ai donc décidé de créer ma propre maison d'édition. Je vous en dirai plus à l'automne, là, je m'enferme, j'écris...", explique l'auteur de 35 ans.

En mai dernier, tandis que sortait (enfin, car reporté pour cause de Covid et de librairies fermées en France) "L'énigme de la Chambre 622", Joël Dicker nous confiait "En y réfléchissant, peut-être que d’avoir mis Bernard comme personnage de ce roman, c’était un moyen de prolonger un peu sa présence à mes côtés et d’essayer de grappiller un peu de vie sur la mort, en l’ayant avec moi. Le prochain livre sera quelque chose de plus difficile, parce que je devrai me rendre à l’évidence que Bernard n’est plus là et que je ne pourrai pas éternellement continuer à le réinventer, à la recréer, à le faire participer à mes livres encore et encore. Il faut accepter..."

C'est que Bernard de Fallois, qui s'est éteint à 91 ans, le 2 janvier 2018, n'avait pas ménagé sa peine pour sortir le jeune Dicker de l'ombre. Il avait mis toute son énergie dans la bataille, convaincu les libraires et les journalistes de se pencher sur ce qui allait devenir un véritable carton - Harry Quebert, donc - dont s'emparera d'ailleurs la télévision quelques années plus tard.

Mais aujourd'hui, donc, après avoir écoulé près de 500.000 exemplaire de son dernier - et roboratif (576 pages) - roman, le voici qui prend le large et quitte, du même coup, le distributeur Hachette qui va y voir un sérieux manque à gagner. Jugez plutôt: d'après de Fallois, ses quatre romans et sa nouvelle ont été traduits en quarante langues et vendu à plus de dix millions d'exemplaires de par le monde.

Pour connaître le nom de cette nouvelle structure - et découvrir le nouveau Joël Dicker, donc - il faudra patienter jusqu'en janvier 2022. D'ici là, le jeune papa aura tout le temps de peaufiner son manuscrit et de goûter aux joies de la vie de famille...