"Quand le livre a été écrit, le langage était différent et on utilisait des mots aujourd’hui oubliés”, assure James Prichard. L’arrière-petit-fils d’Agatha Christie a annoncé sur RTL mercredi que le nom du célèbre roman Dix petits nègres allait être modifié. La traduction française révisée qui vient de paraître aux Éditions du Masque et celle à paraître au Livre de Poche en octobre sont désormais baptisées Ils étaient dix. Le mot “nègre” est jugé comme offensant et à connotation raciste.

Le titre remis en question vient d’une comptine populaire du 19e siècle, elle-même adaptée d’une chanson américaine, “Ten Little Indians”, utilisée dans le récit. Celle-ci est affichée dans la chambre des personnages du roman et leur laisse présager le pire. Changer le nom n’a pas donc pas d’impact sur le déroulement de l’histoire et ne change pas les intentions de l’auteur. Le mot problématique va aussi être modifié à l’intérieur du roman, où il est utilisé 74 fois. “L’île du Nègre” où se déroule l’histoire va ainsi devenir “l’île du Soldat”.

“Agatha Christie était avant tout là pour divertir et elle n’aurait pas aimé l’idée que quelqu’un soit blessé par une de ses tournures de phrases… Aujourd’hui heureusement, nous pouvons y remédier sans le trahir tout en étant acceptable pour chacun…”, affirme sa descendance.

Beaucoup bondissent à l’idée de voir apparaître des modifications sur cette œuvre considérée comme classique et au succès phénoménal dans le monde, le livre s’est vendu à plus de 100 millions d’exemplaires. Il y a quelques semaines, un autre monument de la culture, Autant en emporte le vent, avait fait largement parlé de lui suite à l’ajout d’éléments de contextualisation et de notices critiques sur HBO. Beaucoup ont crié à la censure et à l’inquisition.

Dans ce cas-ci, à nouveau, certains estiment que l’on réécrit le passé, que l’on s’enfonce dans une forme d’hygiénisme littéraire, qu’on laisse la victoire au politiquement correct. Il est pourtant bon de rappeler qu’Agatha Christie de son vivant a accepté le changement de titre, quelques mois après la parution de son polar. En 1940, la maison d’édition américaine juge le titre offensant pour la communauté afro-américaine. Elle se dit aussi que cette appellation n’est pas très vendeuse. Elle propose alors le titre And Then There Were None que la romancière accepte.

Le Royaume-Uni va suivre les Américains quarante ans plus tard. Plus aucune édition anglophone ne contient donc la préoccupation sémantique depuis des années. En France, ce changement a été beaucoup plus long. Voilà qui est désormais chose faite. Les adaptions télévisées suivent également le pas, comme la nouvelle série baptisée Ils étaient dix, bientôt diffusée sur la RTBF.