On s’était dit rendez-vous dans un an. Frédéric Dubus, Dubus pour les intimes et les lecteurs de la DH, et Amélie Nothomb, même combat. Un ouvrage par an si ce n’est que l’album millésimé du caricaturiste nous fait sourire, réfléchir, grincer des dents. " Débordés " (aux éditions Kennes) retrace ses dessins des douze derniers mois. Avec un invité qui joue l’inscruste : la Covid.

L’an dernier, il avait abattu la carte du déconfinement, de la libération et d’une vie nouvelle dans " Le monde d’après ". Caramba, encore raté puisque cette saleté de virus a continué à rythmer et à déranger nos vies.

" J’ai parfois l’impression de tourner en boucle mais cela m’oblige à dénicher de nouveaux angles, dit-il devant un café à quelques pas de son chez lui à Uccle. Moi qui adore caricaturer la politique belgo-belge et ses petites querelles, j’en ai moins l’occasion. Tout a tourné autour des Codeco. Tous les autres sujets, qui pourraient être potentiels chauds, se sont effacés. Il n’y a plus (ou presque) de communautaire. Même le dossier du climat s’est aplati… La polarisation me manque. "

Malgré une interminable crise du coronavirus, ses dessins n’ont pas sombré dans la déprime ni dans le négativisme pur et dur. Encore et toujours l’envie de se moquer et de faire sourire.

" Plus on est dans la merde, plus les gens ont besoin de s’amuser. Ce n’est pas un hasard si, durant la guerre, les cabarets étaient bondés. »"

Dans quelques mois, Dubus fêtera ses 20 ans de collaboration avec la DH. Des milliers de dessins, de personnages et de personnalités. A l’exception de quelques rares vacances, il n’est jamais à l’arrêt, Dubus.

" Elio Di Rupo était déjà là et est toujours là, ironise-t-il. Plus sérieusement, je me sens vieillir car les premiers ministres sont désormais plus jeunes que moi. "

Il nous tend la perche, nous la saisissons. Parmi ses personnages " fétiches " de l’année, Frank Vandenbroucke, notre sémillant ministre de la Santé, est nettement plus présent qu’Alexander De Croo.

" C’est un duo mais De Croo est trop lisse, trop propre sur lui, transparent. VDB, c’est plus facile à croquer. Son côté mormon protestant ressort. "

Parmi les autres " vedettes " de l’année : Yves Van Laethem et l’incontournable GLB.

" Van Laethem incarne la figure de l’expert. Avec sa mèche et son look, il est repérable. C’est un outil pour un dessinateur. GLB ? J’essaye de ne pas trop l’utiliser car je pourrais rebondir sur ses tweets quotidiens. C’est too much et je n’aime pas tomber dans la facilité. A cet égard, la disparition de Donald Trump m’a fait du bien. Il était tellement présent qu’un jour de manque d’inspiration, je pouvais retomber sur mes pattes grâce à une de ses facéties. "

Plus question d’anticiper. 2022 pourrait encore nous réserver des surprises. Notamment en France où Eric Zemmour s’invite dans la campagne mais pas (encore ?) dans les dessins de Dubus.

" C’est un " bon " personnage même s’il change souvent de tête. Je préfère parler de l’actu belge. C’est le Trump français avec la tête de Gargamel ou de Mister Burns dans les Simpsons. Trop le dessiner, cela le légitimise… "

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