Même s’ils ont besoin d’humer l’ère du temps, les dessinateurs, qui plus est les caricaturistes de presse, connaissent le quotidien face-à-face avec leur planche.


Pour dénicher l’idée qui va faire mouche. Pour la traduire en quelques coups de crayons. Quelle que soit l’actualité, ils n’ont qu’une ambition : nous faire (sou)rire. Même en temps de crise. Surtout en temps de crise.

Depuis des années, Fred Dubus, Dubus pour les intimes que vous êtes, croque l’instant en appuyant là où ça fait mal. Pour autant que cela déride nos zygomatiques. Après avoir tenu le marathon du feuilleton de la crise gouvernementale, le voilà en course pour un coronavirus qui n’est pas près de quitter l’actu. Même si sa vie perso n’a pas été chamboulée.

" J’ai inventé le déconfinement il y a 30 ans, dit-il. J’ai l’habitude de travailler seul chez moi. C’est plutôt la présence de mes enfants et de ma femme qui est neuve… L’inspiration ne manque pas car je suis porté par l’actu, dit-il. Il y a tellement d’entrées possibles, de l’économie aà la pénurie de masques en passant par les voyages et le sport. Il n’y a qu’à se baisser et je pense qu’on va encore en manger jusqu’à la fin de l’année. "

Dubus ne tombe pas dans la sinistrose. Il la fuit avec un air détaché, presque nonchalant.

" Je n’ai heureusement pas eu de décès dans ma famille mais je veux relativiser. Je ne me sens pas en danger de mort quand je sors de la rue. Nous vivons une époque absurde. Ca va être sympa les réunions avec des masques dans deux semaines… Je ne suis pas là pour dramatiser et dire que tout le monde va mourir. D’ailleurs, tout le monde ne va pas mourir. Impossible néanmoins actuellement de sortir de cette actu monomaniaque. "

Chaque crise dévoile ses stars. Dubus a sa tête, disons sa bouille, de Turc. Un récent dessin montrant la ministre de la Santé emmenant des « vieux encombrants » dans un recypark a fait grincer des dents. Il s’en lave les mains.

" Les caricaturistes se nourrissent du malheur du monde. Aucun de mes confrères ne sont au paradis. Du moins je l’espère car ils s’y ennuyeraient prodigieusement. Un monde où tout va bien n’a pas besoin de nous. Maggie De Block, c’est du pain bénit. Heureusement qu’elle est là. Wilmès ? Elle a trop peu d’aspérités, elle a un côté robot qui ne sourit jamais. Maggie, c’est Elio Di Rupo. Elle est  reconnaissable au premier coup de crayon. “