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Jean-Christophe Grangé sur les traces de Dan Brown

BRUXELLES Déjà à l'époque de la sortie de La ligne noire , Jean-Christophe Grangé avait annoncé la couleur : avec ses deux romans suivants, il allait s'attaquer à une trilogie qui allait "remonter vers le mal ". Le serment des limbes , depuis hier en librairies, est donc le deuxième volet de cette exploration morbide dans laquelle les fans de l'auteur français retrouveront ce qui a fait son succès : du thriller, un peu de fantastique, un flic qui n'a peur de rien et une enquête qui n'en finit pas de rebondir.

Las ! En demandant, sur la quatrième de couverture, "quand on traque le diable en personne, jusqu'où faut-il aller ? ", l'auteur déflore d'emblée son histoire qu'il parvient néanmoins à traîner sur 650 pages !

Il n'y a pourtant pas que du mauvais dans ce sixième roman, loin de là. À l'instar d'un Dan Brown - pour la brièveté des chapitres -, Jean-Christophe Grangé sait comment faire pour harponner son lecteur et ne plus le lâcher. Dès les premières pages, on s'attache à ce flic, Mathieu Durey, qui ne vit que pour son métier. Et aussi pour Dieu. Très religieux - et l'idée d'un inspecteur qui se grille clope sur clope, qui boit, qui joue du pistolet et qui va à la messe est plutôt originale -, Mathieu est confronté à une situation terrible : Luc (encore un évangéliste !), son meilleur ami depuis l'enfance, vient de commettre une tentative de suicide. Il flotte quelque part entre la vie et la mort, plongé dans un profond coma, dans un hôpital parisien. Pour Durey, la situation est inacceptable et impossible : on ne décide pas à la place du Tout-Puissant quand on est un simple mortel. Qui plus est très croyant. Alors, il tente de comprendre et remonte le fil de la dernière enquête sur laquelle travaillait Luc avant son acte désespéré. Il ne faut guère plus de vingt pages à Mathieu Durey pour comprendre une première chose : il y a des diableries là-dessous. Et puis une seconde : il n'est pas au bout de ses peines.

Passé cette mise en place et malgré les très nombreux rebondissements qui entraînent le lecteur aux quatre coins de France et d'Europe, on a un peu de mal à trouver tout ça bien sérieux. D'autant qu'il y a un peu de déjà-vu dans ces pages qui les rend fort superficielles. Difficile, quand on découvre un tueur sadique qui dépiaute ses victimes et les truffe de larves et autres mouches, de ne pas penser au Silence des agneaux . Difficile, quand Durey s'agite dans la bibliothèque vaticane, de ne pas penser aux héros du Da Vinci Code aux prises avec le clergé...

Enfin - et c'est peut-être le plus agaçant -, Durey a beau être un superflic, on devine toujours avant lui ce qui va se passer ensuite. Le coup de théâtre final, on l'avait déjà vu venir quatre cents pages plus tôt.

Mais ce n'est pas neuf chez Jean-Christophe Grangé qui, à force de vouloir embrouiller son lecteur, finit par lui livrer toutes les clés de son énigme avant l'heure. C'est d'ailleurs la dernière chose que l'on reprochera à ce Serment des limbes : il ressemble trop, dans sa structure, aux autres ouvrages de l'auteur. Paysages, lieux, ambiances, personnages : d'un livre à l'autre, on a parfois l'impression de faire du surplace...

Jean-Christophe Grangé, Le serment des limbes, Albin Michel.



© La Dernière Heure 2007