C’est au mariage d’une amie que la jeune et très pieuse Sixtine fait la connaissance Pierre-Louis. Un peu plus âgé qu’elle, il porte beau, présente bien et, c’est sûr, lui fera de beaux enfants. Dans le milieu dans lequel ils ont grandi, tous les deux, c’est primordial : la famille est sacrée, les époux se doivent de procréer et de servir Dieu. Entre messes, chapelets et rosaires, Sixtine, à défaut de s’épanouir, vit plutôt bien dans ce milieu de catholiques intégristes, préférant ne pas voir les punitions que s’infligent ses "amies" ni ce qui se passe dans les réunions auxquelles participe son époux. Alors qu’elle doit accoucher bientôt de son premier enfant, Pierre-Louis meurt dans une violente rixe qui oppose les ultras, proches de l’extrême droite, avec un groupe de musiciens plutôt anars. Quand, seule avec son bébé, elle comprend que sa belle-famille entend mettre le grappin sur le nourrisson, elle fuit, vers une autre vie…

Si Bénie soit Sixtine n’est pas un roman autobiographique, Maylis Adhémar ne cache pas qu’elle est allée piocher dans son enfance certaines scènes de son premier roman. "Pour avoir grandi dans une famille proche des intégristes, j’avais une connaissance assez fine, pas mal de souvenirs de cette période-là. Ce qui ne m’a pas empêchée de faire des recherches, pour avoir une vision en tant qu’adulte et pas que des souvenirs d’enfance", explique l’auteur.

Est-ce que vous vous êtes retenue de raconter certaines choses ?

"Il y a plein de choses que je n’ai pas mises, soit parce que c’étaient des choses trop personnelles, qui n’auraient pas du tout collé au parcours de Sixtine, soit parce que ça aurait fait trop. Je ne voulais pas charger la mule. Il y a des choses que j’ai vues mais que j’ai tues, sur l’éducation des enfants, notamment. Déjà comme ça, on me demande si j’en ai rajouté. Alors qu’au contraire, j’en ai enlevé. Certes, je montre un milieu extrême, qui est le milieu des catholiques intégristes qui a tendance à avoir un lien avec l’extrême droite. Ce n’est pas le cas de tous, mais il y a pas mal de branches qui ont ces deux têtes, comme Civitas, dont le chef, Alain Escada, est belge…"

Vous en avez enlevé, donc ? C’est incroyable, quand on pense, par exemple, à cette réunion de femmes auxquelles on donne des commandements pour être l’épouse parfaite…

"Ça existe ! Vous allez dans une église intégriste, à la sortie, sur les panneaux d’affichage, vous avez des cours d’éducation à la vie maritale et ménagère pour les jeunes filles, dès l’âge de 16 ans. Sur la sexualité des jeunes filles, à l’intérieur même des familles, je ne vous dis pas… La féminité, les règles, tout ça on n’en parle pas. Ces sujets-là doivent être complètement tus et cachés. Sur l’éducation des enfants, il y a aussi plein de choses que je n’ai pas mises, pourtant j’ai vu des comportements, dans certaines familles, qui étaient d’une sévérité complètement hallucinante, avec des brimades."

L’objectif ? Devenir une Sainte !

Dans ces communautés "tradis", les comportements sont sectaires.

Au fil de notre conversation, à plusieurs reprises, Maylis Adhémar prononce le mot secte. Est-ce à dire que c’est comme cela qu’elle voit les catholiques intégristes ? "Ils ont plein de petites communautés un peu partout en France. Ils sont très présents dans l’Ouest, explique-t-elle. Il y a bien sûr les ‘lefebvristes’, avec Monseigneur Lefebvre, qui ont leurs séminaires en Suisse, qui est le gros mouvement, mais à côté, il y a plein de petites communautés, très ‘tradis’, proches des intégristes. Souvent, l’Église catholique est assez critique vis-à-vis d’eux. La plupart de ces communautés ne sont pas reconnues par l’Église, d’ailleurs."

On se demande, dès lors, comment ils font pour exister puisque leurs prêtres ne sont, parfois, même pas légitimes… "Il y a des communautés ‘tradis’ qui ont des prêtres et des séminaires reconnus par l’Église. Moi, dans la communauté où j’étais, enfant, le père supérieur n’avait pas le droit de dire la messe, il avait été suspendu et, donc, ils n’avaient même plus d’officiant. Ils allaient à la messe de la paroisse, tout en critiquant ! Ils faisaient leur tambouille entre eux, en gros, souligne l’auteure. Mais c’est vrai qu’ils ont des comportements sectaires : ils vivent entre eux, en vase clos, avec des familles qui se marient entre elles. Les enfants vont dans des écoles intégristes ou la plus fermée possible et, l’été, ils vont dans des camps, ils font des retraites, ils se voient le week-end. En plus de ça, il y a souvent la personne prédominante du Père Supérieur, pour lequel on entretient un culte de la personnalité. Tout ça rejoint le côté sectaire. Après, celui qui veut partir part mais cela veut dire que vous quittez vos parents, vos frères et sœurs, vos amis et, tous ces gens-là, vous pouvez être à peu près sûr qu’ils ne vous parleront plus."

À 14 ans, donc, quand d’autres se rêvent chanteuses, artistes ou avocates, Maylis, elle, se demandait si la sainteté lui était accessible. "J’ai des souvenirs de dimanches avec des amis de cette communauté : on allait à la messe, on mangeait, puis tout le monde à genoux sur le tapis du salon et hop, tous les enfants sortaient leur chapelet. Même si ça nous saoule, au bout d’un moment, on se dit qu’on n’a pas le choix et, en plus, on nous dit que si on ne le fait pas, Dieu ne va pas être content de nous et que c’est un péché. Il y a presque comme des gages de bonne conduite. En gros, l’objectif de la vie, ce n’est pas de devenir une star de la téléréalité mais devenir Saint ou Sainte."

Maylis Adhémar, Bénie soit Sixtine, Julliard