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Le livre de Jean-Louis du Roy sort – c’est un hasard – en pleine tourmente à Rome !

ROME Il a beau jurer, le sourire en coin, que toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite, on a peine à croire Jean-Louis du Roy. Ancien banquier belge, reconverti en écrivain et installé désormais sur les bords du lac Léman – pour les beaux yeux d’une femme –, notre homme sait de quoi il parle quand il démonte les arcanes du monde de la finance. Et s’il est moins expert en matière de religion, ses recherches lui ont permis de construire un roman solide, qui résonne bien étrangement aujourd’hui que le Vatican est au cœur de scandales pas très reluisants. Je cite une série de sources à la fin de L’Argent du Bon Dieu , dit-il. Des documents qui sont souvent posés comme des hypothèses . Dans mon livre, rien n’est vraiment vrai, mais rien n’est tout à fait faux .”

Qu’est-ce qui vous a donné envie de prendre pour décor le Vatican ?

“C’est tout un décor, toute une atmosphère qui se prête bien à un roman à suspense. Le côté feutré, opaque, de la banque privée collait très bien aussi. Faire virevolter là-dedans des curés qui se tiennent mal, des banquiers qui ont des poules, c’était assez rigolo.”

Votre roman se déroule sur trois époques différentes. Les magouilles seraient donc solubles dans le temps ?

“Au début, il y a les horribles magouilles entre le Vatican et le banquier. Ça, ça date d’avant les années 80. Ça les poursuit en 1989 et ça se termine en 2010. Au fond, il y a deux romans : le premier, précis sur tous ces aspects de la finance vaticane. Ça se passe à une époque où, tant du côté du Vatican que des banques suisses, on passait facilement la ligne blanche. Aujourd’hui, ce n’est plus comme ça. D’ailleurs – et ce n’est pas une boutade –, les banques suisses sont devenues plus catholiques que le pape. Le Vatican, par contre, a encore de temps en temps de petites remises au point à faire, parce qu’il y a des pays étrangers, notamment les Américains, qui ne sont pas très contents sur ce qui se passe au Vatican, qui est un État souverain, qui en fait un peu à sa manière.”

On l’a vu, en effet, dans d’autres histoires…

“… plus troublantes, notamment en matière de pédophilie, oui. L’Église a tendance à considérer qu’elle a sa loi – qui est le droit canon – et que, dès lors, les autres n’y ont pas cours. En matière financière, c’est à peu près la même chose. Ceci dit, le pape actuel, Benoît – et c’est l’épilogue de mon livre –, a dit plusieurs fois que c’était fini, qu’on n’allait plus faire comme avant. Ceci dit, en disant ça, il admet qu’avant il se passait des choses louches.”

Vous avez pensé à ce que les gens qui fréquentent l’Église allaient penser ?

“Je pars du principe que la liberté romanesque nous donne des ailes. Si on se limite à écrire des choses politiquement correctes, qui ne vont gêner personne, il faut changer de genre. Le suspense ou le thriller, ce ne sont pas des livres à l’eau de rose. Je ne suis pas catholique, mais je n’ai pas cherché à heurter. Ça n’attaque pas le Bon Dieu ! Mais c’est vrai que j’ai un ami qui trouvait que le titre de mon livre était presque un sacrilège. Je lui ai rappelé que c’est juste une expression connue.”

Il y a un événement qui a été le déclencheur de ce roman ?

“J’ai toujours beaucoup de mal à dire ce qui a donné naissance à un livre. Je n’ai pas de compte à régler avec le Bon Dieu ni avec le secteur financier… Et là où je me pose encore plus de questions, c’est dans l’élaboration de la seconde partie du livre, qui est plus romanesque. Où est-ce que je vais chercher ces histoires ? Je suis incapable de le dire.”

Jean-Louis du Roy, L’Argent du Bon Dieu , Le cri



© La Dernière Heure 2012