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« Sérotonine », son nouveau roman, ne sort que le 4 janvier, mais déjà la vague emporte tout.

Le tsunami Houellebecq commence à déferler. Certes, Sérotonine ne sort que le 4 janvier et Flammarion demande un embargo sur le contenu du livre jusqu’au 27 décembre, date à laquelle vous aurez la critique et le dossier de La Libre.

Mais l’eau monte. Le tirage initial est de 320000 exemplaires. Son roman précédent Soumission s’était écoulé à 800000 exemplaires. Taquin, Benard Pivot plaint déjà les 493 autres romans attendus à la rentrée de janvier qui auront bien de la peine à surnager. Pour prendre une comparaison, seuls cet automne Les Prénoms épicènes d’Amélie Nothomb et Leurs enfants après nous, le Goncourt de Nicolas Mathieu, ont dépassé 100000 exemplaires.

Même si Michel Houllebecq a dit: « Je ne sais pas si c’est une bonne chose de choquer. En tous cas , c’est une source d’emmerdements », il reste un maître: un curieux mariage en septembre avec la Chinoise Qianyun Lysis Li, la ‘une’ de l’hebdo français d’extrême droite Valeurs actuelles sous le titre « Houellebecq la grande prophétie », le prix Oswald Splenger du nom du philosophe fasciste qui dénonçait en 1918 le « déclin de l’Occident ». Et surtout début décembre interview au mensuel américain Harper’s. Sous le titre Donald Trump est un bon président”, il y estime que la politique du milliardaire a notamment pour mérite de confirmer la fin de l'impérialisme américain. Une bonne chose, pense-t-il, comme il avait dit "J’aimerais vraiment que lEurope se casse la gueule, lEurope na aucun sens."

Même si Houellebecq est récupéré par l’extrême droite (en réalité, il s’en fout), les premières fuites dans le barrage viennent de magazines de gauche qui encensent le roman.

Dans les Inrocks, Nelly Kaprièlian parle du roman « le plus désespéré, crépusculaire » de l’auteur des Particules élémentaires qui « traduit le désespoir de nombreux Français aujourd’hui ». « Du Houellebecq puissance dix mille ». Il y « renoue avec sa veine romantique et sombre pour relancer son narrateur dans une partie qui loppose aux maux du monde, plus particulièrement lultralibéralisme quil a toujours fustigé. » « A la fin de Soumission, le narrateur, François, se convertissait à l’islam pour survivre. Quatre ans plus tard, il sappelle Florent-Claude, a 46 ans, et va encore un peu plus mal. Ingénieur agronome, il est bien entendu célibataire et malheureux. Pour couronner le tout, il na plus de désir que pour un antidépresseur à base de sérotonine, le Captorix. »

Dans L’Obs, David Caviglioli parle d’un « beau roman d’une tristesse infinie », « son meilleur ». Et il conclut par un hommage à Houellebecq et ses doubles « irréductibles solitaires, incapables de se soumettre à une norme collective sinon par paresse ou par fatalisme. Houellebecq décrit son oeuvre comme un ‘sauvage attentat contre la civilisation’. Il a l’intelligence des pessimistes et cette intelligence-là n’est d’aucun bord ».

La thématique reste bien houellebecquienne: le spleen de l’entre-deux, la solitude de l’individu dans un monde ultralibéral, comment "rester vivant" malgré notre soumission aux contraintes du temps.

Sérotonine, Michel Houellebecq, Flammarion 347 pp., 22 €, sortie le 4 janvier.