Le monde selon Alex Alice continue à prendre forme sous nos yeux. Un monde toujours préfacé par cette petite phrase qu’on attribue sans grande certitude à Mark Twain : "Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait".

Cette phrase déposée comme une certitude, un leitmotiv, sur la page de garde depuis le premier tome autorise toutes les audaces, les appelle même ! Et dans ce registre Alex Alice a démontré depuis la première case de la première planche qu’il s’y entendait pour créer des univers et nous inviter à les partager.

Ses héros pourraient être inspirés par les romans de Jules Vernes revisités par la patte d’un fan d’heroïc fantasy qui aurait grandi bercé par la culture mange des premiers personnages animés japonais arrivés chez nous. Le tout baignant dans une couleur directe que le dessinateur-scénariste-coloriste maîtrise forcément de mieux en mieux au fil des albums.

Une véritable alchimie qui fonctionne depuis six tomes et autant d’années et qui ne devrait pas se conclure de sitôt. "J’ai envie de continuer", lance, gourmand, Alex Alice. "J’ai plein d’idées, plein de projets." Une attitude qui le surprendrait presque. "C’est vrai qu’au début, je ne pensais pas nécessairement à aller au-delà de deux albums. Plus, cela me paraissait énorme. Est-ce que ce ne serait pas trop de travail ? Est-ce que j’aurais envie ? Finalement, je ne me suis pas posé la question. Tant je me suis fait happer par cet univers."

© D.R.

Un univers fantastique et réel

Un univers qui s’est construit rencontre après rencontre dans ce monde où les frontières ont été effacées. Fantaisie, science-fiction, uchronie. Le château des étoiles est tout ça à la fois et peut-être même un peu plus. "Pour moi", continue l’artiste, "la question ne se pose pas ou ne se pose plus. Tout est réel. Au fil de mes recherches et de mes rencontres autour de ces albums, j’ai pu récupérer les catalogues des Expositions universelles de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Il y a des idées folles, des projets hallucinants comme celui de la rénovation de la Tour Eiffel. Par ailleurs, j’ai aussi fait construire des maquettes de certains engins comme le vaisseau que l’on retrouve dans les albums. Tout devient donc plus concret. À mes yeux, tout donc bel et bien réel."

Dans ce dernier opus, après des événements gravissimes, comme la mort d’un père, les héros, qui ont traversé le Paris bouleversé de la fin du XIXe siècle, s’envolent vers de nouvelles aventures. Les enfants ont grandi, les personnages ont pris de la consistance au fil des albums.

"C’est vrai que je fais grandir les personnages ; je voulais qu’on puisse les suivre dans leur développement. Mais ce travail est naturel. Je les connais, je les ai pratiquement vus naître et maintenant, j’ai la chance de pouvoir les accompagner pendant leur parcours. Ce n’est pas quelque chose de vraiment travaillé. Cela se fait naturellement. Oui, ils ont pris de la consistance mais c’est comme tout être humain. Ils ont été confrontés à des événements heureux ou malheureux qui les ont fait évoluer. Je suis heureux de pouvoir faire ce bout de chemin avec eux. J’ai besoin de les voir encore grandir."

Pour cette fin de cycle, les acteurs sont confrontés à un long séjour terrien qui offre moins de liberté graphique mais est plus contraignant pour un auteur qui va multiplier les points de vue de ce Paris du second empire, esthétiquement très chargé. "Oui, ça demande beaucoup de travail, mais en même temps ça m’a permis de redécouvrir autrement la ville où j’habite, c’est aussi exaltant d’être chez soi. Une fois de plus, ça participe à la réalité de cet univers."

Un monde où rien décidément n’est impossible. Si la découverte est moins importante, les acteurs vont prendre toute la place et l’artiste va multiplier les entrées dans une page pour donner un maximum d’information. Un travail de forçat qui, une fois de plus, avant de s’offrir l’écrin d’une bande dessinée s’est fait découvrir dans une version en journal grand format. Une autre manière de découvrir la saga. La gazette trouve tout son sens dans ce monde en ébullition. Riche idée, une de plus.

Alex Alice, Le château des étoiles, T.6, L’exposition interplanétaire de 1875, Éd. Rue de Sèvres.