Livres/BD Très attendu, le nouveau roman de Myriam Leroy aborde le harcèlement en ligne avec détachement et rigueur.

C’est l’un des romans les plus attendus de la rentrée 2019. Là où l’histoire d’Ariane, le précédent, se déroulait dans les années 90, avant le fol envol d’Internet, à mille lieues des messageries instantanées et de la nébuleuse du web, Les Yeux rouges (paru au Seuil) s’ancre dans ce réel-là, phagocyté par les réseaux sociaux, écœuré des miroirs qu’il ne cesse de se tendre, écœurant d’entre-soi algorithmique, de surattention à l’image doublée d’une vénéneuse indifférence.

Journaliste et chroniqueuse elle-même, Myriam Leroy ne fait pas mystère de l’inspiration puisée dans sa propre expérience pour bâtir ce roman. Très tôt, "dès 2012-2013", l’évidence du sujet s’impose à elle. De nombreux "débuts avortés" plus tard, accrochée au défi artistique qu’elle s’est lancé, elle trouve "la porte d’entrée", le dispositif narratif - cette première personne qui raconte tout en discours rapporté - qui donnera au récit la juste distance, et placera le lecteur en position de travail mental pour imaginer la situation, pour en déterminer la gravité.

(...)