Évoquer la ligne claire, et Hergé, Edgar P. Jacobs, Bob De Moor ou Jacques Martin arrivent en tête. Or une deuxième ligne claire est apparue à la fin des années 70 avec Ever Meulen, Serge Clerc, Walter Minus ou Yves Chaland. Héritier direct de cette deuxième vague, en particulier du dernier nommé, le regretté créateur de Freddy Lombard, le Turinois Antonio Lapone (né en 1970) a, au fil du temps, trouvé sa propre voie, en particulier depuis ce petit bijou de La fleur dans l’atelier de Mondrian.

Avec le diptyque Gentlemind, il affirme plus encore son propre style, en baignant l’histoire dans l’atmosphère des années 40 à 70, du côté de la presse new-yorkaise. Avec son trait délicat - crayon et aquarelle - il aborde ce monde viril au travers d’une directrice de parution pour hommes.

Champaka accueille le graphiste - Lapone touche aussi à la pub, à la mode et au design - pour une cinquième exposition. On découvre que chaque planche de ce deuxième tome est un tableau dont les cases forment un tout parfaitement équilibré, offrant à l’œil de s’arrêter sur chaque détail, les phylactères n’étant placés que plus tard dans le processus de réalisation de l’album. Le plaisir est d’autant plus vif que les planches originales sont souvent de très grand format.

Le "rouge Lapone"

Dans quasiment chacune des planches en couleurs directes, l’une des cases, au moins, porte la marque de fabrique de Lapone, à savoir un rouge vif obtenu à l’Ecoline qui attire immanquablement le regard. C’est encore plus vrai pour les illustrations aussi splendides qu’inédites présentées chez Champaka.

Les planches originales apparaissent en outre plus lumineuses qu’imprimées en album. On notera que le scénario est signé Juan Diaz Canales (Blacksad) et Teresa Valerio (Contrapaso), deux scénaristes à succès.

Gentlemind, cette revue imaginaire new-yorkaise, tente de survivre en se renouvelant aux côtés des bien réels magazines pour hommes comme Esquire et ensuite Playboy, mêlant histoires personnelles et grands événements (lutte d’indépendance de Puerto Rico, chasse aux sorcières, guerre du Vietnam, mouvement hippie…) au travers des grandes plumes.

Et si l’Histoire semble juste être effleurée en fin d’album, laissant le lecteur sur sa faim, le plaisir graphique ressenti en particulier en galerie est, lui, plein et entier ; un dessin qui séduit tant un public masculin que féminin, les pin-up étant reproduites avec tact et élégance, sans la moindre vulgarité.

Gentlemind T.II, Scénario · Juan Diaz Canales, Teresa Valero ; Dessin · Antonio Lapone, Éd. Dargaud. Les originaux sont à voir Galerie Champaka, rue Ernest Allard 29 à 1000 Bruxelles www.galeriechampaka.com, jusqu’au 23 avril.