Récit d'une nouveauté

Livres & BD

Hubert Leclercq

Publié le

Récit d'une nouveauté
© Ed. Albert & René
A la découverte des parents d'Astérix et d'Obélix

BRUXELLES Le 14 mars, on ne parlera plus que de cela. Un véritable tremblement de terre bédéesque pour l'arrivée sur le marché des 8 millions d'albums (dont 3 millions en langue française) du nouvel Astérix.
Le titre de ce 31e opus ( Astérix et Latraviata) est la seule information qu'a bien voulu divulguer Albert Uderzo lors d'une récente conférence de presse à Rennes, alias Condate du nom de cette ville sous la domination romaine. Evidemment, l'auteur d'Astérix et toute l'équipe qui l'entoure ont juré de jeter une chape de plomb sur le contenu de cet album.
Pourtant, une source proche du monde de l'édition parisien a bien voulu nous confier quelques éléments révélateurs sur cette nouveauté appelée à écraser toute la concurrence dans l'univers de la production des oeuvres littéraires en 2001.
Première certitude, Latraviata n'est ni l'oeuvre de Verdi ni une autre forme de création musicale. Derrière ce nom séduisant se cache une charmante romaine que des intrigants ont décidé d'infiltrer dans le village gaulois pour semer la zizanie (encore elle) entre les valeureux combattants de l'Armorique.
Latraviata ferait partie d'une bande de sagouins qui souhaitent fomenter un coup d'Etat contre César afin de le renverser et de placer leur favori sur le trône de Rome.
Mais évidemment, pour approcher les irascibles Gaulois, pas question d'envoyer n'importe qui. Du coup les conspirateurs ont fait appelle à une dame qui, maquillée, ressemble étrangement à une superbe blonde dont Obélix est follement amoureux et qui répond au doux nom de Falbala (qui faisait déjà des ravages dans Astérix et le Légionnaire).
Pourquoi venir dans le village des irréductibles Gaulois? La réponse est limpide: Astérix et Obélix possèdent des objets (le casque et le glaive) qui symbolisent le pouvoir de Pompée, le plus virulent adversaire de César.

Les héros ne sont pas orphelins

Et si nos deux Gaulois disposent de ces instruments de guerre, c'est parce que leurs mères les leur ont offerts lors de leur anniversaire. Du coup, un nouveau mythe s'effondre. Astérix et Obélix ont des parents et on devrait les découvrir dans Astérix et Latraviata. La maman d'Obélix répond au doux nom de Gélatine, tandis que son époux porte fièrement le patronyme d'Obélodalix. Les parents d'Astérix s'appellent quant à eux Praline et Astronomix.
L'arrivée de cette nouvelle intruse et ses tentatives de déstabilisation de la bonne humeur dans le village gaulois ne parviendront évidemment pas à briser le couple que forme Astérix et Obélix, mais les moments orageux seront nombreux et les coups se perdront aisément au sein même du village. Astérix fera en partie les frais de ces rixes internes...
Bien avant de sortir en librairie, le 31e opus a déjà commencé à déclencher une pluie de réactions aux quatre coins de la francophonie. Seule évidence, qu'on aime ou pas, Astérix ne laisse personne indifférent.
Une fois de plus, Uderzo est déjà égratigné par tous les puristes et autres exégètes regrettent amèrement que ces héros aient survécu au décès de René Goscinny, le scénariste de cette série et le vrai concepteur de ces personnages.
L'âge d'Uderzo et ses problèmes aux articulations des mains, qui le contraignent à faire appel à un assistant pour l'encrage, sont aussi mis en exergue pour souligner la perte de qualité graphique.
Seule évidence, toutes ces querelles parfaitement stériles permettent d'aiguiser la curiosité et d'assurer un succès retentissant à ce nouvel opus. Autre évidence, même si Uderzo n'a jamais été et ne sera jamais un conteur de la verve de Goscinny, l'homme n'a jamais multiplié les albums pour s'assurer des rentrées financières déjà plus que substancielles. Un album tous les cinq ans, on ne peut parler d'un pillage de l'héritage de Goscinny. Uderzo connaît ses limites et travaille d'arrache-pied pour tenter de limiter les écueils. Tout n'est pas parfait et les derniers albums sont souvent décevants. Mais il faut aussi pouvoir reconnaître que nous autres, les lecteurs, avons vieilli et que, dès lors, nous sommes peut-être moins sensibles à certaines trouvailles du père Uderzo.
Malgré la déferlante médiatique, ce sont les lecteurs qui feront ou non le succès de cet album. Bref, alea jacta est ou presque.

Uderzo: Astérix et Latraviata, Ed. Albert et René.

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