Alors que des partis se réclament encore du communisme et que les pays de l’Est reviennent au-devant de l’actualité, le hasard veut que sorte un livre consacré aux habitudes alimentaires dans l’ex-Union Soviétique.

Ce n’est pas un secret que les magasins n,’étaient guère remplis en victuailles. Pour autant, les Russes ne renonçaient pas à leurs plats traditionnels, quitte à se débrouiller avec les moyens du bord pour dénicher les ingrédients manquants.

Guelia Pevzner a bien connu cette époque. elle qui est née dans l’ex-URSS et s’est expatriée en France en 1991 où elle travaille désormais comme journaliste.

Elle vient de publier un livre intitulé "Les plats chauds de la guerre froide" où cette gastronome avertie revisite les souvenirs culinaires de sa jeunesse.

L’idée lui est venue voici quelques années lorsque Guelia a reçu un exemplaire du "Livre de la nourriture bonne et saine" sorti en URSS durant les années les plus sombres de la terreur stalinienne. Un livre de recettes et de conseils gastronomiques qui tombait à une époque où les produits de base éaient introuvables, excepté pour une minorité de privilégiés.

Le "Livre" sert de fil conducteur à l’ouvrage de Guelia Pevzner, qui le pimente de souvenirs personnels, d’anecdotes historiques - l’ombre du Goulag n’est jamais loin - de blagues d’humour noir chères au peuple soviétique, ainsi que de nombreuses recettes qui ont fait saliver tous les Russes depuis les sujets de Pierre le Grand jusqu’à ceux de Vladimir Poutine.

"Les plats chauds de la guerre froide" est un petit bijou d’érudition, écrit de manière attractive qui passe en revue tout ce qui compose la table des familles russes depuis les zakouski aux desserts en passant par la soupe aux choux, le hareng de la Baltique ou la volaille.

À propos de volaille, une blague circulait du temps où le régime décrivait les maigres volatiles élevés dans les kolkhozes ou fermes collectives comme les "poulets les plus élégants de la planète".

- Dites-moi avec quoi vous avez nourri votre poulet.

- En quoi ça vous concerne ?

- Moi aussi, j’aimerais bien perdre du poids.

Une manière aussi de rappeler que l’abondance alimentaire est un luxe.


Les Plats chauds de la guerre froide, par Guelia Pevzner, Éditions de l’Épure, 20 euros.