Stephen King revient en librairies avec L’institut. Son meilleur roman depuis 22/11/63, sorti en 2011.

Sur le site d’Albin Michel, éditeur historique de Stephen King en version française, le teasing (oui, une courte vidéo de présentation… d’un livre) affirme "Si vous entrez dans l’institut, vous ne pourrez plus en sortir". On confirme : en l’espace d’un week-end à peine (et encore, largement entrecoupé d’activités avec les enfants), on a dévoré les 608 pages du dernier roman du maître du thriller, intitulé, donc, L’institut.

Soit l’histoire de Luke Ellis, jeune surdoué de douze ans, un brin versé dans la télékinésie, sur le point d’être admis dans deux des plus prestigieuses universités américaines. À Minneapolis, le petit génie vit la vie parfaitement normale et heureuse d’un ado de son âge, à ceci près qu’il est beaucoup (beaucoup) plus intelligent que la moyenne. Une nuit, un commando composé de deux femmes et un homme fait irruption chez lui, tue de sang-froid son père et sa mère et kidnappe Luke. Lorsqu’il se réveille, il est à L’institut, entouré d’enfants qui, comme lui, possèdent des "dons" inexpliqués.

Mais pourquoi les enlever ? À quoi servent les traitements délirants que leur infligent des docteurs maboules ? Et où disparaissent-ils une fois les tests pratiqués ?

Difficile de ne pas voir dans cet effrayant rassemblement de jeunes âmes martyrisées, une allusion aux camps de concentration et à leur folie meurtrière. À plusieurs reprises, d’ailleurs, Stephen King, par la voix de Luke, y fait directement allusion ; les intendants ressemblent étrangement à des kapos, les expériences menées, notamment, sur des jumelles évoquent les délires de Josef Mengele et il n’est pas besoin de faire de commentaires sur le four crématoire qui se trouve au dernier sous-sol. Mais au-delà de ce travail de mémoire, que l’auteur instille au travers de ses pages, le King n’oublie jamais qu’il est là pour divertir et, bien évidemment, pour faire frémir.

Et, pour le coup, la mission est plus qu’accomplie, l’écrivain faisant montre (mais justement en n’en montrant rien) de tout son talent pour construire une intrigue d’une redoutable efficacité. C’est bien simple, on n’avait pas été à ce point happé par un de ses romans depuis 22/11/63, sorti en… 2011.

Rendre l’impossible plausible

Car ce qui fait toute la saveur de L’institut, c’est qu’il flirte toujours avec le plausible, contrairement à d’autres romans de l’auteur américain. Bien sûr, plus l’intrigue avance et plus le paranormal s’invite dans les pages mais si l’on est un tant soit peu tenté par ce genre de croyances - télépathie, télékinésie, etc. - toute l’affaire se tient parfaitement (à l’exception de la fin que l’on ne dévoilera évidemment pas). Même ce centre de rétention, où sont commises, au nom du Bien, les pires abjections, pourrait s’envisager. À tout le moins chez les adeptes de la théorie du complot. Puisque les expériences qui y sont menées le sont depuis des décennies, plus ou moins orchestrées par une organisation qui, si elle n’est pas gouvernementale, semble avoir avec les autorités des liens très amicaux.

"Page turner" digne des plus grands horlogers suisses, chaque rouage de la mécanique s’emboîte parfaitement dans un autre, plus grand, plus inquiétant, plus insensé. Et à chaque fin de chapitre, qui se termine sur un cliffhanger, on n’a qu’une idée en tête : lire le suivant, juste le suivant. Sauf qu’à ce rythme-là, les 608 pages sont donc avalées en deux petits jours.

Et tant pis s’il y a quelques rebondissements un peu faciles et quelques scènes vraiment "too much" : le plaisir pur de la lecture est là. Tous les contemporains de Stephen King (on pourrait même dire ses clones) ne sont pas capables de nous faire ce cadeau-là.

Stephen King, L’institut, Albin Michel