Sixième romanpour Alain Berenboom. Une intrigue bien belge sur fond d'immédiat après-guerre et de... gueuze grenadine

BRUXELLES "J'ai vraiment pris plaisir à écrire ce roman. Comme mes précédents ouvrages, j'ai écrit ce livre en développant l'intrigue comme elle se présentait à la plume, sans en connaître le dénouement."

Ce plaisir ruisselle de chacune des pages. On imagine l'auteur assis derrière une machine sans âge, s'amusant comme un gamin des trouvailles qui parsèment ce livre. Un plaisir rare dont le lecteur se pourlèche les babines.

La plume alerte d'Alain Berenboom, l'un des ténors du barreau de Bruxelles, on la connaissait déjà. Mais ici, dans ce premier polar, elle prend une ampleur qu'on ne lui connaissait pas encore.

Son héros : Michel Van Loo, ancien rond-de-cuir mué en détective privé. Normal, on est en pleine période d'immédiat après-guerre. Comme dans les grands romans noirs américains ou le cinéma de cette époque trouble, le détective se retrouve malgré lui balancé dans une enquête qui le dépasse complètement. Lui, son truc, ce n'est pas le whisky mais bien la gueuze grenadine. Son minable QG n'est pas planté au beau milieu d'Harlem mais place des Bienfaiteurs, en plein coeur de Schaerbeek et au-dessus du salon de coiffure de Frederico, un artiste dont on se dit qu'il doit être plus fort en gueule qu'en coups de ciseaux. Une petite enseigne de quartier où officie Anne, sa shampouineuse préférée. Bref, Hollywood et ses strass, ce n'est pas vraiment son truc. "On peut avoir le rêve américain et le lire au travers de lunettes belges", commente l'auteur.

Pourtant, comme ses illustres collègues d'outre-Atlantique, Michel-le-détective aura droit à sa starlette. Une cliente à la croupe callipyge et à la blondeur fantasmée. Une jeune femme à la recherche de son frère, un jeune résistant étrangement disparu sans laisser de trace.

Le décor est planté, enfin presque, parce qu'il faut aussi parler d'Hubert, le pharmacien juif de la place qui complète ce joyeux cercle de pieds nickelés.

Mais avec un roman qui se déroule dans notre pays, Berenboom ne pouvait faire abstraction de tout ce qui fait la richesse de notre Belgique : ses tensions politiques entre le Nord et le Sud, la Question royale, sa douce folie et sa capacité de dérision.

Le contexte politique de ce Bruxelles de 1947 n'est pas qu'un simple décor. "Quand on raconte une histoire, l'environnement politique sert aussi de catalyseur aux intrigues. Ce ne peut être qu'un simple décor", confirme l'auteur.

Périls en ce royaume est une douce musique jazzy dans laquelle Alain Berenboom joue sur toute la gamme, des notes joyeuses aux rythmes chaloupés bien plus nostalgiques. La place des Bienfaiteurs, c'est celle de son enfance, lui qui est né en cette année 47. C'est le Bruxelles de la zwanze, des stamp cafés et des cinémas de quartier, mais c'est aussi le temps des règlements de comptes. Un roman qui peut encore se lire à la lumière de notre actualité préoccupante. "On était en pleine crise politique quand je l'écrivais", explique-t-il comme pour justifier cette multiplicité de lectures qu'il nous offre.

Périls en ce royaume est un vrai polar. Mais un polar qui n'oublie pas de ne pas se prendre au sérieux tout en abordant les thèmes les plus graves. Un polar qui débute par un cri, "Vive la République", quand Michel et Anne déambulent place de Brouckère. Un polar qui se termine par un autre appel, lancé par le héros : "Vive le Roi". "C'est sans doute ce dont j'ai envie, sourit Alain Berenboom. Que notre pays surmonte sa crise actuelle".

Simplement un grand roman. De ceux qu'on a envie de partager, de raconter. Une oeuvre de chez nous par un véritable artiste des mots et de la mise en scène. Un exquis plaidoyer noir-jaune-rouge.

Alain Berenboom : Périls en ce royaume, Éd. Bernard Pascuito.



© La Dernière Heure 2008