Il a vécu pendant deux mois dans un hôtel avec vue sur le Lion. Il y a 150 ans ! Un anniversaire fêté avec une expo et un spectacle.

Lorsqu’il entama l’écriture de son roman, Victor Hugo lui avait donné un autre titre : Les misères. C’était en 1845. Il y travailla intensément jusqu’en 1848, plus épisodiquement ensuite. Il changea le titre en 1854 : Les Misérables. Lorsqu’après seize ans, il apposa le mot Fin, il précisa de sa main : “Mont-Saint-Jean, 30 juin 1861, 8h1/2 du matin”.

Depuis le 15 mai, l’écrivain de 59 ans, déjà célébrissime, occupait une chambre de coin à l’étage de l’hôtel des Colonnes, à Mont-Saint-Jean. “De mon lit, je vois le Lion.” écrivit-il.

Depuis près de dix ans (depuis décembre 1851), il fuyait la France et le régime de Napoléon III à qui il avait consacré un opuscule intitulé Napoléon le petit…

Il avait choisi la Belgique pour première terre d’exil. Jusqu’au 1er août 1852, il habita au 26 de la Grand-Place de Bruxelles. Une plaque rappelle encore ce séjour. À l’époque, il refusa de venir visiter Waterloo, estimant que le fameux Lion, érigé par les Hollandais en souvenir d’une blessure subie par le fils du prince d’Orange, était une insulte à la France.

Il part alors vivre sur l’île de Jersey où il écrit son célèbre Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine sans avoir jamais vu le champ de bataille.

Après, il change d’île, va à Guernesey qu’il quitte le 25 mars 1861 en emportant tous ses manuscrits enveloppés dans un sac étanche, craignant qu’un accident en mer ne les perde. Le sac est à l’abri dans une malle à livres qui le suit partout. En l’occurrence à Bruxelles où il loge au 64 rue du Nord, dans un hôtel aujourd’hui disparu.

À Guernesey, il a souffert d’un anthrax, une maladie respiratoire parfois mortelle. À Bruxelles, il se laisse pousser la barbe pour une raison naïve : il est persuadé que c’est une manière de réchauffer sa gorge convalescente. Une photo réalisée le 5 mai 1861 est le premier document où l’on voit Victor Hugo barbu.

C’est deux jours plus tard qu’il emménage à Waterloo. Il est venu ici pour deux raisons : terminer son roman dans la tranquillité et visiter le champ de bataille. “Je n’aurai qu’un mot à en dire dans mon livre, mais je veux que ce mot soit juste.”

On pense que lorsqu’il arrive, son long chapitre sur Waterloo est déjà largement écrit, qu’il est là par souci du détail, pour quelques précisions et quelques corrections. On le voit parcourir le champ de bataille de long en large, avec un large chapeau de paille brun sur la tête. Il prend des notes et fait des dessins…

Il achève Les Misérables le 30 juin mais garde sa chambre d’hôtel jusqu’au 14 juillet. Il revient même le 21 juillet pour célébrer la Saint-Victor avec les Dehaze, les exploitants de l’hôtel. Il les autorise à faire savoir, sur leur façade, que Victor Hugo a séjourné ici. Trois ans plus tard, en 1864, Baudelaire viendra. Il voudra loger dans la même chambre et manger le plat préféré de Victor Hugo : trois œufs au plat, légèrement vinaigrés, avec une grande assiette de frites “à manger avec les doigts” et un morceau de gruyère.



© La Dernière Heure 2011