Spécial Rolling Stones: dans les coulisses

L. L.

Prof de chant, billard, sono, cuisinier et salon VIP

BRUXELLES Quelque 250 personnes accompagnent les Rolling Stones en tournée: 180 pour installer la scène, 50 chauffeurs de camion et 10 chauffeurs de bus. A ce nombre, il faut encore ajouter la garde rapprochée des Stones. Les managers, les techniciens et roadies personnels, le prof de chant de Mick, un cuisinier, quelques petites mains pour qu'ils ne manquent de rien...

Dans les loges installées dans les stades et les grandes salles, les Stones ont leurs habitudes. Ils souhaitent un salon pour recevoir les invités spéciaux, les VIP comme on dit dans le métier. On trouve des amis qui changent de ville en ville, les hauts responsables de leur maison de disques, quelques personnalités célèbres ou du moins qui croient l'être. On y boit, on y mange mais cela n'a plus rien à voir avec les orgies des «sex, drugs and rock and roll» des sixties. N'oublions que nos Stones sont grands-parents...

Les Stones disposent aussi de leurs quartiers privés, scrupuleusement aménagés. Keith Richards a ainsi installé son propre bar baptisé Camp X -Ray (X-Ray est aussi le nom du groupe qui l'accompagne sur ses disques solo). «Je bois un coup. J'écoute du reggae avant chaque concert et je joue au billard avec Ron Wood. Pour l'instant, je mène au score», confiait-il récemment au magazine anglais Q.

Ron Wood, lui, ne boit plus une goutte d'alcool. Lorsqu'il rentre dans le Camp X-Ray, il a toujours droit à une vanne de Keith mais il reste à l'eau ou au thé. Mick, pour sa part, joue au public relation. Il contrôle les derniers détails pratiques, se relaxe avec son préparateur physique, sert quelques mains et chauffe sa voix. Fidèle à sa légende, le dandy Charlie Watts regarde tout ce beau monde en se marrant sous cape et préfère parler jazz (ou en écouter) avec des amis.

Quelques minutes avant d'affronter la foule (ils ont joué devant plus de 3 millions de personnes depuis le coup d'envoi de la tournée), les Stones se retrouvent pour être... les Stones. «On se tient par les bras. On se rappelle le premier morceau qu'on doit jouer et c'est parti!» précise encore Keith.

© La Dernière Heure 2003


Dans l'intimité d'un club

Nous avons vu les Stones de près. De très près...

UTRECHT Ici, le monde s'est arrêté. Ou plutôt le monde est complètement Stones. Nous sommes à Utrecht, devant le théâtre Valkenburg. Il est 18 h. Dans quatre heures, les Rolling Stones y donnent un concert intimiste comme ils ont pris l'habitude de le faire tout au long de cette tournée Forty Licks Tour. C'est la folie... Mais une folie contrôlée. Les places (à peine 1.800 tickets à Utrecht) ont été achetées par des admirateurs mordus. Tout le monde se connaît. Ou presque...

Dans la salle, on se fraye un passage jusqu'au second rang. «Tu verras, un concert des Stones dans un club ne ressemble à rien d'autre», nous prévient un habitué.

Et de fait... Quelques minutes avant le début du concert, le spectateur prend déjà son pied en apercevoir un Keith Richards hilare qui suit la première-partie assurée par le nerveux combo The Vue. A 22 h, les Stones montent sur scène. C'est la claque! Charlie Watts croise trois fois ses baguettes en l'air avant de caresser ses fûts. Clope au bec, les deux chahuteurs de la bande, nous avons nommé Ron Wood et Keith, envoient la purée. Un son sec, gras, bien plus roots que dans un stade pour cet intro de Jumpin'Jack Flash. Mick Jagger est partout à la fois. Il passe de gauche à droite de la scène, fait chanter le public. Lance des oeillades à sa gauche, où sont installées quelques jolies créatures, et dandine ses fesses avares du moindre gramme de graisse.

Dans cette formule club, le groupe s'autorise quelques folies. Après une version poignante de No expectations, avec un Ron Wood très inspiré à la pedal-steel, Mick s'installe derrière un piano pour attaquer à la surprise générale Worried about you, perle exhumée de l'album Tatoo you. La difficulté du morceau consiste dans l'interprétation vocale. Voix de castrat à la Fool to cry au début et timbre jaggerien au refrain. Tout le monde retient son souffle dans le Valkenburg...

Fans de soul, les Stones s'amusent aussi comme des petits fous sur les reprises d' Everybody needs somebody to love de Solomon Burke, de Going to a gogo et du poignant I can't turn you loose popularisé par Otis Redding. A ces instants, on oublie tout. Les Stones aussi. Plus question de business. Plus question de grosse machinerie. Plus question de stars. Plus question d'âge. Seulement une bande de potes qui s'amusent comme s'ils animaient un bal de province contre un repas chaud à la cantine municipale.

A deux mètres de la scène, certains détails ont toute leur importance. Prenez Keith et Ron. Ces deux-là sont de vieilles canailles! Toujours à faire des blagues. Se moquer dans le dos de Mick. Troubler une belle blonde dans le public. Et jouer d'une manière nonchalante mais tellement humaine. Sur la fin d' Everybody needs somebody to love, Keith change en exprès les accords, juste pour voir la réaction du groupe. Un vrai gamin. Quand il interprète ses deux chansons habituelles en milieu de set, il annonce qu'il va jouer Can't you hear me knocking. «Enfin, du moins quand Ron Wood aura terminé son café.»

Dans un tel esprit, des titres moyens du répertoire stonien prennent une autre dimension. Voir la tronche de Mick s'écarquiller de plaisir sur That's how strong my love is, écouter le solo de slide de Ron Wood sur le final de Midnight rambler et, plus simple encore, tomber en admiration devant la puissance du riff de Satisfaction lancé par Keith sont effectivement des moments qu'on oubliera pas de sitôt.

Les Stones ne gagnent pas un euro sur ces concerts en formule club dont les tickets sont moins chers que les dates en salle ou en stade. Ils n'ont aucune infrastructure (Keith change de chemise à côté de son ampli et discute le coup avec son habilleuse sous nos yeux). Mais ils vident leurs tripes pendant deux heures et ne trichent jamais. Ce n'est que du rock and roll mais qu'est-ce qu'on aime...

ENVOYÉ SPÉCIAL AUX PAYS-BAS LUC LORFEVRE

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