Spécial Rolling Stones: l'ami belge des Rolling Stones

Propos recueillis par L.L.

Daniel Gardin les suit en tournée aux quatre coins du monde. Une passion qui n'est jamais tombée dans l'idolâtrie

WAUTHIER-BRAINE Ne dites pas à Daniel Gardin qu'il est fan. Il serait vexé. «Je préfère le terme supporter avec tout le respect et le sens critique que cela comporte», lâche-t-il. Producteur et organisateur de spectacles avec sa société The Musical Box, Daniel Gardin est tombé dans les Stones à la fin des années soixante. Le virus ne l'a jamais lâché depuis. A 53 ans, Daniel continue à courir les quatre coins du monde pour assister aux concerts, plonger dans l'intimité des répétitions, dénicher la pièce vinyle rare qui manque à sa collection et surtout faire partager sa joie et son enthousiasme à plein de petits jeunes. Plus qu'un supporter, Daniel est devenu l'ami des Stones. L'ami belge. Rencontre...

A quand remonte votre passion pour les Rolling Stones?

«J'avais 11 ou 12 ans. J'ai découvert les premiers 45 tours des Stones à la radio et j'avais l'impression que ces gars m'avaient doublé. Ils jouaient la musique que j'avais envie de faire et d'entendre. J'ai accroché tout de suite. Tout mon argent de poche passait dans les revues que j'achetais dès que je voyais leur photo en couverture. J'ai commencé à enregistrer leurs concerts en radio en 1965. Quatre ans plus tard, j'ai vu une annonce dans le magazine anglais Melody Maker d'un Américain. Il s'appelait James. Il cherchait à correspondre en Europe avec quelqu'un qui suivait les Stones comme lui. C'est devenu mon meilleur ami. Nous nous sommes échangés toutes nos archives. A l'époque, il était très facile d'enrichir sa collection. L'ORTF (ndlr. l'ancêtre de France 2) m'a pour ainsi dire jeté à la figure des bobines de films des Stones qui traînaient dans leurs armoires.»

La première rencontre avec les Stones?

«C'était en 1973, en Hollande. J'étais venu en coulisses d'un de leurs concerts avec un carnet dactylographié que je voulais faire signer. Je suis retourné quatre soirs d'affilée et finalement le manager, qui est devenu mon ami aujourd'hui, m'a fait rentrer dans les loges. J'avais 23 ans. Je n'oublierai jamais cet instant. On s'est croisé sur la tournée suivante et, au fil des années, c'est devenu euphorique. Nous étions plusieurs suiveurs à être intégrés dans l'équipe. En'76, j'ai assisté à quasi tous les concerts des Stones. On croisait les Stones. On entrait dans les loges sans le moindre pass. On allait parfois manger avec eux. D'autres fois, ce n'était pas possible et nous n'insistions pas. Au début des années '80, le management des Stones nous a un peu facilité la tâche en nous donnant des laissez-passer. On faisait un peu partie de la famille Stones...»

Est-il toujours aussi aisé de les approcher aujourd'hui?

«Aujourd'hui, tout le monde veut rencontrer les Stones. C'est devenu un vrai business. Ils sont donc obligés de mieux se protéger. J'ai déjà vu onze concerts sur cette tournée. C'est toujours un réel plaisir. Par contre, dans les loges, c'est un peu moins fun. Je comprends. Les Stones veulent rester entre eux et je respecte ça. Je rencontre mes copains. Leur manager. Un technicien... Parfois, je parle avec l'un des membres du groupe. Mais le principal, pour moi, c'est de la voir jouer. De les entendre.

Pour de nombreux observateurs, il s'agit de leur meilleure tournée. Quel est votre avis?

«Je les ai vus des centaines de fois. Je prends toujours du plaisir mais je suis sans doute plus exigeant. Au niveau de la performance physique et humaine, cette tournée est sans doute leur meilleure. Jouer comme ils le font à soixante balais, se vider les tripes, ne jamais être ridicule... Je tire mon chapeau. Personne n'arrive à leurs chevilles. Musicalement, je pense toutefois qu'il y a eu beaucoup mieux. Pour moi le top, c'était la tournée européenne en 1970, juste avant la sortie de Sticky fingers. Ils étaient au sommet de leur art. Sur la Forty licks tour, il manque sans doute un album studio. C'est la première fois qu'ils partent sur les routes sans nouveau disque. Même si sur leurs dernières tournées, ils ne jouaient que de rares extraits du nouvel album, les Stones montraient qu'ils évoluaient, qu'ils cherchaient de nouveaux sons. Ici, c'est une tournée qui coïncide avec un Best of

Physiquement, cela tient presque du miracle de les voir encore sur scène. Non?

«C'est vrai. Ceci dit, sans masquer certains excès, j'ai le sentiment que beaucoup de choses ont été exagérées sur les Stones. S'ils avaient consommé toutes les drogues et tous les alcools dont la presse parlait dans les années '60 et '70, ils ne seraient plus là aujourd'hui. Regardez la silhouette de Mick, l'attitude de Keith qui bouge plus qu'avant, la précision de Charlie, l'implication de Ron Wood qui ne boit plus d'alcool...

Quel est le secret de leur longévité?

«Vous avez eu l'occasion de les voir de près à Utrecht. Ils ont des rides. Ils ont vieilli. Mais dans leur âme, les Stones restent toujours des adolescents. C'est là que réside leur force. Ils rigolent entre eux. Ils prennent du plaisir sur scène. Quand ils discutent avant la tournée, ils ont un comportement d'hommes d'affaires mais dès que tous les détails pratiques sont réglés et que les répétitions commencent, ils redeviennent ces fous furieux d'il y a quarante ans. Il ne faut pas nier que c'est l'argent qui les réunit pour ce périple. Mais ce n'est pas leur seule motivation. Malgré toutes les piques qu'ils se lancent, ils sont heureux de se retrouver et d'être les Stones.»

Comment se comportent-ils en privé?

«Comme vous et moi. Des gens sympas qui aiment parler. S'ils apprécient la compagnie, ils auront le même comportement avec une star qu'avec un quidam. Par contre, ce qui me surprend toujours, c'est qu'ils évitent de parler du passé. C'est le présent et demain qui les intéressent. C'est la raison pour laquelle les conversations débouchent souvent sur des absurdités. Il suffit de lire leurs interviews. Ils ont plusieurs versions différentes du même événement. Ils se foutent de ce qu'ils ont fait hier, il y a une semaine ou il y a dix ans. C'est ce qui explique peut-être leur longévité.»

Ce refus de regarder en arrière explique aussi l'absence de tout coffret d'inédits ou d'anthologies comme le proposent bien d'autres artistes qui ont débuté dans les années soixante...

«Il a été question, voici deux ans, d'un coffret abritant des morceaux inédits des Stones. Le groupe a très vite renoncé. Ça ne les intéresse pas. Keith m'a dit un jour que la musique était tout le contraire du bon vin. Qu'elle ne se bonifiait pas en vieillissant. Il est d'avis que si une chanson enregistrée par les Stones en'65 n'est pas sortie à l'époque sur un disque, c'est qu'elle était mauvaise et qu'elle le restera. Je partage son avis mais pas à 100%. Je dois posséder quelque 400 chansons inédites des Stones. Il y a de quoi faire un bon album. Pas plus... Par contre, ils pourraient remercier les gens qui les supportent depuis de longues années en publiant un DVD avec des images d'archives de concerts, en studio ou en tournée. Là, il existe beaucoup de matériel qui mérite d'être montré.»

De quel Stone êtes-vous le plus proche?

«Je m'entends très bien avec Charlie Watts. On partage la même passion pour le jazz.»

Quelle est la plus belle pièce de votre collection?

«J'ai des disques rares, des films inédits, des albums photo, des gadgets mais le plus beau cadeau, je le répète, c'est de les voir sur scène. Parmi tous les objets, il y en a un qui me tient à coeur. Pour chaque tournée, je reçois un laissez-passer spécial qui porte le numéro 27 ou plus. En 1999, les Stones m'avaient demandé des idées pour leur répertoire. En remerciement, Charlie Watts m'a donné un de ses laissez-passer personnels pour toute la tournée. Mick avait le pass 1, Keith le pass 2 et moi j'avais le pass 3 comme Charlie. Là, j'étais très fier...»

© La Dernière Heure 2003

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