Renaud, l’enfant perdu

Docteur Renaud, Mister Renard : il y a des deux dans cette jolie autobiographie.

Isabelle Monnart
French singer Renaud (L) and French humorist Christophe Aleveque (C) take part in a homage to the victims of the January 2015 Paris attacks, on the Place de la Republique on January 7, 2016 in Paris. France holds official ceremonies marking a year since a jihadist attack on the offices of Charlie Hebdo, with the French satirical magazine defiantly reasserting its provocative spirit. / AFP / KENZO TRIBOUILLARD
French singer Renaud (L) and French humorist Christophe Aleveque (C) take part in a homage to the victims of the January 2015 Paris attacks, on the Place de la Republique on January 7, 2016 in Paris. France holds official ceremonies marking a year since a jihadist attack on the offices of Charlie Hebdo, with the French satirical magazine defiantly reasserting its provocative spirit. / AFP / KENZO TRIBOUILLARD ©AFP

Docteur Renaud, Mister Renard : il y a des deux dans cette jolie autobiographie.

D’ordinaire, raconter la fin d’un livre a quelque chose de sacrilège. Évidemment, avec les biographies, la question ne se pose pas en ces termes. Et, pour le coup, on a le droit de l’écrire : les derniers mots de l’autobiographie de Renaud font plaisir à lire. Car ils parlent de demain, du futur, d’une tournée qui s’annonce. "Qui sait ce que les Dieux nous réservent ?", dit-il, évoquant l’avenir et cette proposition qu’il a faite à son ex-femme, Dominique, de convoler à nouveau…

Avant d’en arriver là, pourtant, il en aura fallu à Renaud du courage pour faire ce chemin à rebours vers son enfance et se confronter à nouveau à tous ses démons. Oh, bien sûr, il y a eu des moments heureux, follement. De l’insouciance, de l’amour, au milieu d’une fratrie de cinq, soudée. Mais quand, vers dix ans, il découvre que papa a eu une autre famille, avant, que sa grande sœur n’est que la moitié d’une et qu’il y avait aussi un frère, mort à 12 ans sous les bombes américaines, en Normandie, quelque chose se fissure. Idem quand, quelques années plus tard, lui pète à la figure la bombe lâchée par son grand frère : Oscar, son grand-père, son héros, le papa de maman, militant communiste, a rejoint le Parti Populaire Français pendant la Seconde Guerre quand papa travaillait pour Radio Paris. Deux hommes profondément de gauche, que l’Histoire a forcés à pactiser avec l’ennemi.

Si Renaud n’en parle pas, sûr qu’il est ébranlé par ces révélations. C’est peut-être pour ça qu’il monte sur les barricades avec autant d’ardeur, en mai 68.

Sans rien cacher de ses premiers bides ni de ses premiers râteaux, il se raconte, avec la gouaille qu’on lui connaît, et l’on a l’impression, à le lire, de l’entendre. D’autant que son livre est parsemé de courts extraits de ses chansons, des tubes qui ont émaillé sa - et nos - vie(s). Il raconte l’amour de sa vie, qu’il pique à Gérard Lanvin (quand il la rencontre, elle est mariée à l’acteur), leur fille Lolita, le succès. Presque trop. Il essaie de comprendre ce qui, un jour, le plongera dans une crise de paranoïa - suite à un voyage à Cuba, il se croyait poursuivi par le KGB - dont il ne se sortira que dans l’alcool. La machine infernale est en marche…

C’est à Bruxelles, en 2015, à la Clinique Sainte-Elisabeth, puis au studio ICP, qu’il parviendra, enfin, à l’arrêter. Pour mieux redémarrer, enfin.


--> Renaud Séchan, Comme un enfant perdu, XO

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