L'ex-Pink Floyd Roger Waters, plus que jamais en mode combat rock

Qui s'y Floyd s'y Pink!

L'ex-Pink Floyd Roger Waters, plus que jamais en mode combat rock
©AP

Menace nucléaire, violences policières, crimes de guerre... Roger Waters reste en mission et repart pour un tour, sa musique valant mieux que les longs discours dans son dernier show, tour de force mêlant le spectaculaire à l'intime.

"Si vous êtes ici parce que vous aimez Pink Floyd, mais que vous ne supportez pas la politique de Roger Waters, allez vous faire voir au bar." Les quelque 20.000 spectateurs de la Crypto Arena de Los Angeles, où il faisait étape mardi et mercredi, ont été prévenus: l'icône du rock n'a rien perdu de sa virulence.

Intitulée "This Is Not a Drill" ("Ceci n'est pas un exercice") pour souligner la noirceur de l'époque, cette tournée succède à "Us + Them" (2017-2018), déjà très acide à l'endroit des dirigeants de ce monde. Donald Trump, alors tout frais président des Etats-Unis, avait été la principale cible, grimé en prostituée sur un cochon flottant dans les airs.

Cette fois, le "Pig" gonflable, issu de l'album "Animals" (1977), symbolisant puissants et nantis, grimpe dans l'échelle de la provocation, avec "Fuck the poor" (on emmerde les pauvres) et "Volez aux démunis, donnez aux riches" inscrits dessus.

Ce message ne manquerait pas de piquant, avec un public appartenant plus à la seconde catégorie qu'à la première, au vu des prix des places (de 500 à 4.500 dollars à la revente), si Waters, qui fustige de façon plus convenue la société de consommation et ses grandes enseignes dans ses visuels accompagnant "Money", n'exposait pas trop clairement la marque d'une bouteille de mezcal, souvent filmée sur son piano.

Hommage à Syd Barrett

La présence de cette eau-de-vie trouvera sa justification dans un final chaleureux, mais, en attendant, c'est sous des orages assourdissants qu'apparait une ville en ruines peuplée de gens sans visages, sur l'immense écran géant en forme de croix.

Subtilement réarrangé, "Comfortably Numb" résonne et donne la chair de poule, avant qu'un vacarme ne mette brutalement fin à ce moment suspendu.

Les hélicos arrivent et avec eux "Another Brick in the Wall". Rouge sang, l'écran s'élève de la scène où se trouvent neuf musiciens et choristes accompagnant Waters.

Et il tient la forme, Roger, du haut de ses 79 ans. Affûté dans son t-shirt noir moulant, il harangue la foule, se déhanche, danse même.

Après cette impressionnante entame, il enchaîne avec "The Powers That Be", ses crimes policiers, ses victimes, de l'Afro-Américain George Floyd à l'Iranienne Mahsa Amini. Sur "The Bravery of Being Out of Range", chaque président américain depuis 1980, de Reagan à Trump, est décrit comme un criminel de guerre. Joe Biden aussi, "car il ne fait que commencer".

L'hymne "Wish You Were Here", entre le tonitruant "Have a Cigar" et le stratosphérique "Shine on You Crazy Diamond", est logiquement dédié à Syd Barrett, avec lequel Waters créa le Floyd en 1965. Leur histoire est contée avec émotion, humour aussi: "On rêvait de vivre un rêve et on l'a vécu. Ça s'est un peu gâté par la suite. Comme mon mariage d'ailleurs."

Marche des marteaux

Un mouton gonflable surgit sur "Sheep". Tout le monde n'a d'yeux que pour lui, le photographie, voudrait le suivre là-haut. Sommes-nous des moutons?

Sur cette réflexion, l'entracte sonne et la reprise est brutale: avec "In the Flesh", commence la marche des marteaux, symbole du fascisme dans "The Wall". Waters déboule, accoutré en officier nazi avec trench-coat en cuir noir et brassard rouge, escorté par deux miliciens. Il conclue la séquence avec des tirs de mitraillette.

"Run Like Hell" est ponctué par une vidéo d'un raid aérien de 2007 à Bagdad, qui fit plusieurs morts dont deux journalistes.

Après un somptueux voyage vers "The Dark Side of the Moon", Waters prend la parole, insiste confusément sur le danger d'une guerre nucléaire. Sans trop s'étendre sur le conflit en Ukraine, après avoir récemment tenu des propos jugés complaisants vis-à-vis de la Russie.

La ville polonaise de Cracovie l'a déclaré "persona non grata" pour cela. Il ne s'y produira pas comme prévu l'an prochain, mais passera bien par Paris (3, 4 mai) et Lille (12 mai).

Pour finir sur une note légère, autant se rassembler avec sa troupe autour du piano et d'un verre de ce fameux mezcal. "The Bar", superbe chanson inédite, jouée en partie en milieu de set, est reprise, préambule à une sortie en "marching band".

On avait rarement vu pareille joie de vivre émaner chez Roger Waters.

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