Avec "Opex", Arno ressuscite le temps d’un album: et c’est l’un de ses meilleurs !

Enregistré dans les semaines qui ont précédé la mort du chanteur, le dernier album d’Arno vient de sortir. C’est l’un de ses meilleurs. Il est bourré d’émotion.

Avec "Opex", Arno ressuscite le temps d’un album: et c’est l’un de ses meilleurs !

Mercredi 14 septembre, 15 h 30. Dehors, un ciel d'automne s'est invité avant l'heure, avec son petit crachin si typiquement belge. Dedans, ils sont quatre, serrés comme des sardines sur une banquette de l'Archiduc, l'établissement du quartier Dansaert, à Bruxelles. Ils ont l'air un peu perdu, ne sachant pas trop quoi faire, prêts dirait-on à prendre la fuite à la première occasion. Il faut avouer que la tâche qui leur est dévolue n'est pas la plus facile : parler du nouvel album d'Arno. C'est que le patron s'en est allé rejoindre les étoiles (de mer, aurait-il ajouté en riant s'il était encore-là !) le 23 avril dernier, emporté par un cancer du pancréas. "C'est assez compliqué de remplacer Arno pour promouvoir son disque", confesse Damien Waselle, le patron de la maison de disques Pias, pour les aider.

Il y a Peter Hintjens, frère d'Arno, qui joue du saxophone sur un des dix titres d'Opex, le dernier album enregistré par le chanteur juste avant sa mort. Autour de lui, on retrouve Mirko Banovic, fidèle comparse musical de l'Ostendais. Le bassiste l'accompagne depuis la fin des années 1990 et a coproduit le disque. Il y a aussi Shelle Diericks, ingénieur du son chez ICP (les célèbres studios d'enregistrement à Ixelles) qui a travaillé sur la plupart des albums d'Arno depuis l'époque TC Matic et en a coproduit une bonne partie. Le quatrième larron n'est autre que Danny Willems, photographe et surtout compagnon de route d'Arno depuis leurs 18 ans. Ne manque à l'appel que Félix, l'un des deux fils d'Arno, qui a collaboré avec son père sur deux des titres d'Opex.

Comme un vieux groupe de rock

Damien Waselle introduit le propos du jour : "Arno a fait son Blackstar (allusion au dernier album de David Bowie paru deux jours avant la mort du Thin White Duke en 2016). Il a conçu, enregistré, et validé ce disque jusqu'à sa mort. C'est un disque qu'Arno a vraiment voulu et pour lequel il a tout donné. Il a jeté toutes ses forces dans la bataille." La comparaison paraît audacieuse, mais à l'écoute d'Opex, on ne peut qu'approuver. Même si la voix a perdu de sa force, Arno émeut, amuse et s'amuse. Ce ne sont pas des fonds de tiroir que l'on a dépoussiérés. Il y a "La Paloma", ce curieux duo avec Mireille Mathieu que le chanteur attendait depuis tant d'années, l'improbable "Boulettes" dont on vous laisse découvrir le thème, une reprise de "I Can't Dance" de l'époque Tjens-Couter (pré-TC Matic) et celle de "One Night With You", titre d'Elvis Presley qui a fait jaillir l'étincelle de la musique dans la vie d'Arno. Sans oublier "I'm Not Gonna Whistle" qui clôture le disque en famille, avec son fils Félix et son frère Peter.

Et puis, il y a un monument : "Take Me Back", qui ouvre Opex. Un titre somptueux. L'un des plus beaux de toute la carrière du plus bruxellois des Ostendais.

Damien Waselle et Filip De Groote, l'agent du chanteur, racontent l'urgence dans laquelle ce disque a été fait alors qu'Arno venait d'apprendre qu'il ne lui restait plus que trois à six mois à vivre. "Il nous a annoncé cela un peu brutalement." Cet album, il le voulait à tout prix, tout comme les derniers concerts qu'il a donnés à l'Ancienne Belgique et à Ostende. La dernière séance d'écoute pour valider les mixages a eu lieu le 26 mars à ICP. Un mois presque jour pour jour avant le décès du patron. "C'était un samedi, il faisait très beau. On a fait une photo très drôle, à la façon d'un vieux groupe de rock", se souvient Damien Waselle.

La gorge nouée

L'émotion est encore vive chez tous ceux qui ont contribué à ce disque et côtoyé l'artiste. La voix de Mirko Banovic est chevrotante au moment de parler d'Opex. Défendre le boulot du patron n'est pas chose aisée quand on est resté dans "l'ombre" pendant toutes ces années. "C'était devenu difficile de travailler sur Opex après le départ d'Arno, plus dur d'écouter tout ce qu'on avait fait ensemble, pour travailler sur sa voix… Il y a des moments où j'ai dû arrêter." On sent aussi cette volonté de ne rien trahir de ce qu'en aurait dit Arno.

L'émotion est encore plus perceptible lorsque Peter Hintjens prend la parole pour expliquer sa contribution. À la limite du sanglot, la voix s'arrête quelques instants avant de reprendre. "Arno ne m'a pas demandé de jouer du saxo, il m'a dit 'tu vas jouer' sur mon disque. J'ai dit OK, je n'avais pas le choix. (rire) 'I'm Not Gonna Whistle', c'est la dernière plage de l'album et ce n'est pas pour rien. Quand vous appeliez Arno et que vous tombiez sur sa boîte vocale, on l'entendait siffler un air. (Pris par l'émotion, Peter marque un temps d'arrêt) 'I'm Not Gonna Whistle'… En effet il ne va plus siffler…"

C'est encore beaucoup plus marqué lorsque Danny Willems prend la parole. Il a la gorge nouée. Près de cinq mois après la mort d'Arno, la douleur est toujours aussi présente, l'absence terriblement cruelle. "Ce n'est pas près de s'arrêter", nous glisse-t-il en coulisse. Il faut dire qu'ensemble, ils ont "tout vu, tout vécu" comme le chantait Arno. L'épopée Tjens-Couter, celle de TC Matic puis la carrière solo de l'interprète des "Yeux de ma mère". Il ne se passait pas une semaine sans qu'ils ne s'appellent plusieurs fois. "C'est une amitié de 50 ans. Il y a peu de couples qui peuvent vivre une histoire comme la nôtre."

Pendant les derniers mois de la vie d'Arno, ils étaient même devenus inséparables. "Quand j'ai su qu'il avait le cancer, j'étais à côté de lui deux à trois jours par semaine. Et à la fin, j'étais tout le temps avec lui. Quand il n'était pas malade, il était fort. Il parlait avec assurance et avec beaucoup de gens. Mais quand il est tombé malade, il était s'est refermé sur lui-même. Il avait besoin de quelqu'un. Les derniers mois, alors qu'il était déjà très mal, on passait toujours l'après-midi sur la terrasse du Petit chou de Bruxelles. C'était le plaisir de la journée que d'être là et de voir les gens. On parlait ou parfois, on ne disait rien pendant deux heures. Nous étions juste là. Quand j'y repense, c'était phénoménal, même quand on ne disait pas un mot. Nous étions là, comme deux copains, deux vieux. Sans rien dire, il se passait quelque chose qui nous reliait."

Danny Willems était celui qui allait le conduire à l'hôpital pour les soins. Il savait tout, que la fin était inéluctable. Il est inconsolable. "Opex était son analgésique, raconte-t-il en expliquant combien cet album a tenu le chanteur en vie. À la fin, il a dû prendre de la morphine mais il s'en est longtemps passé." "C'est incroyable, déglutit-il avec difficulté. En ce qui me concerne, ce disque est son meilleur."

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