A 60 ans, Adamo fait du neuf

Propos recueillis par Eddy Przybylski Publié le - Mis à jour le

Musique Il change de firme de disque et de style. Autour de lui, on évoque l'exemple de Henri Salvador

BRUXELLES L'histoire de Zanzibar, le nouvel album de Salvatore Adamo, celui qui accompagnera la célébration, le 1er novembre, à l'Ancienne Belgique, de ses 60 ans, a commencé dans les coulisses de l'Olympia. Pascal Nègre, le big boss d'Universal-France, géant du marché du disque, est entré dans la loge, a dit à Salvatore tout le bien qu'il pensait de lui et, plus particulièrement de la nouvelle chanson qu'il venait de présenter au public, J'te lâche plus. A ce moment, Adamo était en litige avec sa firme de disques, EMI, pour différentes raisons et notamment parce qu'EMI était tiède à l'idée de sortir J'te lâche plus en single pour lancer l'album qui était déjà en préparation. Salvatore: «Nos discussions étaient à ce point tendues que je commençais à douter de moi d'une façon incroyable. J'avais l'impression de me trouver face à un collège de sages qui savaient tout et, moi devant, je ne savais plus rien.» Pascal Nègre ignorait ces problèmes. Comme un pêcheur qui lance sa ligne parce qu'on ne sait jamais, il eut ces mots: «Quand vous voulez, nos portes vous sont ouvertes.»

Salvatore voulait. Et il n'en revient toujours pas! «Je sais très exactement où j'en suis et je peux imaginer la tête de ses collaborateurs, le lendemain, quand Pascal Nègre leur a annoncé: «Je vais signer avec Adamo!»

D'autant qu'effectivement, le fait est là: il a 60 ans! «Ça, c'est la chose dont je n'arrive pas à me convaincre! Je m'imagine ayant 60 ans voici 60 ans. On était alors vraiment un vieillard. Mais j'ai eu la chance de vivre en faisant ce que j'aime et la petite flamme est toujours là! J'ai aussi la chance d'être un artiste. Quand tu es artiste, le public te donne le droit - et même attend de toi - que tu restes adolescent.»

En tout cas, ce qu'on a voulu, chez Universal, c'est donner un coup de jeune à Adamo: «Avant, chez EMI, je sentais que j'étais le gars dont on n'attendait plus de surprise. Je ne vendais certes plus autant qu'avant, mais je restais coté et, quand on sortait un disque de moi, on savait assez exactement où on allait. S'il y avait un plus, tant mieux! Moi, j'avais besoin d'un nouvel enthousiasme! On l'ignore peut-être mais j'écoute énormément de musique. J'écoute les radios aux heures où on ne passe pas les hits et je suis très intéressé par les nouvelles tendances de la chanson, les Benabar, les Thomas Fersen ou San Severino. A la base, c'est moi qui ai voulu rechercher une certaine modernité pour ces nouvelles chansons. Renaud Letang, qui a travaillé pour Manu Chao et Alain Souchon, a travaillé dans cet esprit-là.»

Les premiers à avoir entendu cet album, évoquent un come back à la façon de Henri Salvador: «Avant le retour de Salvador, il y a eu le Buena Vista Social Club et, face à ce vieillard ressuscité de Cuba, des gens, en France, se sont dit qu'on avait, chez nous, le même genre de personnage avant qui avait autant, si pas plus, de talent. Sans doute, le succès soudain de Salvador a fait qu'on a commencé à regarder autrement ceux que, certes, on respectait, mais qui étaient condamnés au niveau d'un succès populaire ou d'un Top 10. Mais cela n'a jamais été non plus mon obsession, sans quoi j'aurais évité d'écrire des chansons engagées qui ont pu désorienter une partie du public et je m'en serais tenu à cette chanson dont je commençais à connaître la recette. Mais il convient aussi de remettre les choses à leur juste place. Salvador a 83 ans; moi, j'ai 60 ans; et la musique appartient à tous les âges!»

Salvatore étonne donc sur disque. Il étonnera moins sur scène: «En tout cas, je ne chanterai pas en jeans! Pour moi, la scène est une fête et j'ai toujours la notion de costume du dimanche. Et si on me dit que c'est ringard, alors, j'assume!»

Et ces scènes sont prévues à l'Ancienne Belgique les 31 octobre et 1er novembre. Mais c'est complet! Salvatore chantera aussi au Casino de Paris les 7, 8 et 9 novembre.

Salvatore Adamo, CD Zanzibar, Universal

© La Dernière Heure 2003

Propos recueillis par Eddy Przybylski