Un treizième album sombre, épuré, grave et souvent bouleversant.

Sept ans de réflexion : c’est le temps que s’est accordé Francis Cabrel, depuis la sortie du magnifique Des roses et des orties (sur lequel on trouvait La robe et l’échelle ou Les cardinaux en costume). Le temps de s’asseoir sur le bord du monde et de le regarder tourner. De voir à quel point il a perdu la boule. Et puis le temps de se remettre à l’écriture.

Il ne l’a jamais caché, Cabrel : c’est un lent, un contemplatif, qui a besoin de ne pas se presser, et de vivre, surtout, pour trouver l’inspiration.

Alors voici In extremis, un album grave, souvent sombre - le livret qui l’accompagne montre d’ailleurs des photos de ciels sombres ou crépusculaires -, mais néanmoins rempli d’une beauté et d’une douceur dont seul Cabrel est capable. Un disque qui s’ouvre sur Dur comme fer, dont les premières notes ressemblent à s’y méprendre à un autre de ses titres : Bonne nouvelle. Politique-fiction d’un homme qui dit qu’il va changer nos vies, raser gratis, qui jure dur comme fer… Toute ressemblance avec une certaine France n’est sans doute pas fortuite.

Quelques accords de guitare, des cordes, dont celles d’un violoncelle, et c’est tout ce qu’il faut à l’homme d’Astaffort pour habiller des textes qu’il signe, évidemment.

Si Cabrel parle aussi d’amour, sur un titre superbe comme À chaque amour que nous ferons, il est plus souvent question ici, au fond, de l’état du monde. Même sur un des titres plus rythmé, comme In extremis, qui donne son nom à l’album. "On voit quelques oiseaux encore, mais grosso modo ça ne se fait plus", chante-t-il. Et plus loin : "On parle tous la même langue, comme ça on peut suivre l’écho de la même voix qui rabâche sur la même chaîne info…"

En milieu d’album, le déjà imparable Partis pour rester, sorti en single pour emmener ce treizième opus cabrélien, nous ramène une fois encore en terrain connu, tant sur le plan musical que sur celui des obsessions…

Et puis il y a Les tours gratuits, une chanson qui pourrait être la petite sœur de Votre fille a 20 ans, de Serge Reggiani. Cabrel y regarde pousser ses filles, "Un jour, elles croient tout savoir de la vie, pour un de ces loulous à l’adorable gueule, elles laissent les manèges et les parents seuls…" Une petite merveille, soulignée par la délicatesse d’une clarinette à faire rouler les larmes.