Daniel Levi sort (enfin) son album solo. Avec l'intention de surprendre

BRUXELLES Le succès de Daniel Levi, le Moïse des Dix Commandements, fut si soudain et si grand, grâce surtout à la chanson L'envie d'aimer, que tout le monde s'attendait à un premier disque personnel très vite. Ce disque est venu. Mais pas très vite. Au contraire, Daniel Levi a pris son temps pour proposer douze chansons jazzy qu'il a, toutes, composées. L'accent a été mis sur l'esthétisme. Une chanson comme Où va le monde a certainement des chances sur le plan commercial. Partout ailleurs, la voix est là. Mais le style est très différent du Daniel Levi qu'on connaît par les chansons d'Obispo: `Obispo m'a proposé des chansons pour mon album. Mais ça ne correspondait pas à ce que je voulais faire. Ce disque me permettait de prouver que je ne suis pas juste qu'un interprète de comédies musicales. Il est évident qu'il y a beaucoup de choses que j'ai bien aimées dans Les dix commandements, mais mon univers musical est tout autre. J'ai voulu notamment de grandes orchestrations presque classiques parce que j'ai commencé le piano à l'âge de 5 ans et que j'ai fait le Conservatoire. A Lyon, j'étais le dernier d'une famille de sept enfants et nous nous baignions mutuellement de nos interprétations classiques. Après, j'ai découvert le jazz et, à 18 ans, il était clair que je voulais chanter. J'ai donc repris le répertoire international, les grands standards de Stevie Wonder ou de George Benson. Il m'arrivait même de reprendre les tubes des hit-parades quand je chantais dans des restos ou des cabarets. J'ai tout fait. Même chanter en sourdine, dans des cocktails ou des hôtels. Et c'est une excellente école car on apprend, d'une part à doser, d'autre part à prendre sur soi, à se mettre au service de la musique.´

Vous aviez fait deux autres albums avant d'être connu...
`Je venais d'arriver à Paris. J'étais jeune, candide. J'ai été pris en main par un producteur. Remarquez qu'il y avait de jolies choses sur ces disques. Mais dans les années 80, un chanteur à voix était d'office exclu du marché. Et puis je ne connaissais pas encore suffisamment mon métier. En toutes choses, la qualité exige le temps. Mais il est vrai que je me suis senti très mal à certains moments. Je suis même allé vendre des volets dans les Antilles parce qu'il fallait que je nourrisse ma petite famille.´

Puis il y a eu les Dix Commandements. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de sortir un album personnel?
`Ce fut mon parti pris. D'abord, je devais trouver le temps de faire cet album correctement. Et j'ai pensé que, dès l'instant où j'ai marqué des points avec L'envie d'aimer , le temps était mon allié. D'autres auraient effectivement surfé sur la vague. Mais je n'ai jamais été un opportuniste. Et si j'ai couru après la reconnaissance, je la voulais comme un dû, pas comme un concours de circonstance. Sinon... Après le succès du Rêve bleu, pour le dessin animé Aladdin de Walt Disney, j'ai refusé des propositions dont je peux vous dire qu'elles étaient vraiment alléchantes, mais qui m'auraient limitées à une étiquette de chanteur pour B.O.´

Vous songez à la scène?
`Le 2 mars, nous commençons une tournée. La première représentation aura lieu ici, au Cirque Royal.´

Vous y chanterez quand même L'envie d'aimer?
`Bien sûr! Elle reste une chanson forte, qui m'a marqué, un tournant dans ma carrière. Par ailleurs, il serait mal venu de ne pas l'offrir au public. Par contre, je la ferai sûrement sous une autre forme. Je suis pianiste et j'entends le montrer. Quand j'ai présenté mon album, à Paris, j'ai commence par un bout de valse de Chopin, sur un sublime piano à queue. Ce spectacle peut aussi m'aider à réaliser mon rêve de pianiste.´

Vous avez 40 ans et une famille...
`Deux enfants! 9 et 4 ans! Et le problème est là: ménager la vie de famille et celle de tournée.´


Daniel Levi, CD Ici et maintenant, Universal

© La Dernière Heure 2002