Arno fête ses 55 ans ce vendredi et, avec French Bazar, sort son album le plus poignant

BRUXELLES Arno nous a fixé rendez-vous à l'Archiduc, son bistro préféré, en plein centre-ville, situé à quelques pavés de son appart. «J'ai la gueule de bois. Je suis sorti toute la nuit. Je ne devrais plus à mon âge», lance-t-il en guise d'introduction. Arno fête ses 55 ans ce vendredi 21 mai. Avec French Bazar, son 26e album en 35 ans de carrière, c'est lui qui nous fait un cadeau. Jamais sa plume ne s'est montrée aussi réaliste. Jamais sa voix n'a été aussi touchante. Jamais sa poésie ne nous a arraché autant de larmes. Des larmes de rire mais aussi d'émotion.

Dans Chanteur de charme , qui figure sur French Bazar , vous dites que «faire pleurer, c'est mon jeu»...

«Je suis un chanteur de charme... raté. Peut-être que j'avais un mauvais coiffeur. Mais je suis très heureux, je vous rassure. C'est grâce aux gens que je peux continuer à ne pas travailler. Ma vie, c'est mon hobby. Je suis toujours étonné qu'après 35 ans de carrière, on paie encore pour venir me voir en concert et qu'on achète mes disques. Heureusement, d'ailleurs. Car je ne pourrais pas bosser. Je suis né avec deux mains gauches. Celui qui dit que chanter c'est travailler devrait aller faire un tour à la mine ou dans une usine.»

Cette chanson, Chanteur de charme , elle était écrite au départ pour Johnny Hallyday...

«Voici deux ans, mon bureau à Paris a reçu un coup de fil du manager de Johnny. Il cherchait des chansons. J'ai écrit Chanteur de charme en pensant à lui. Je respecte beaucoup Johnny. Je n'ai jamais eu de réponse. Peut-être qu'il ne l'a pas reçue. Alors, cette chanson, je l'interprète moi-même.»

French Bazar est sans doute votre album le plus émouvant. Vous parlez du temps qui passe, de la mort, de la solitude. Parce que vous y êtes confronté?

«C'est mon blues à moi. En fait, je suis quelqu'un de très vicieux. Mon art, c'est utiliser la misère autour de moi. Si un jour le monde tourne rond, je serai dans la merde. Incapable d'écrire la moindre chanson. Cette vie, j'y suis confronté comme vous. Je prends le métro. Je vais au bistrot. Je fais mes courses au supermarché. J'écoute. Je regarde. Un exemple? Aujourd'hui, on peut acheter 36.000 sortes de yaourts. Des gras, des demi-gras, des maigres, des light, des extra-light... Pour les gens qui ont de l'argent, c'est bien. Mais ceux qui n'en ont pas, ils doivent se sentir décalés. Ce n'est plus un monde à une vitesse mais à dix vitesses. Le 11 septembre 2001, il y a eu 5.000 morts dans les Twin towers à New York. C'est un drame et tout le monde en parle encore. En juillet dernier, la canicule a fait 15.000 morts en France et on a déjà oublié. Ils sont morts à cause de la chaleur, bien sûr, mais aussi parce qu'ils étaient seuls et surtout parce que tout le monde se fout de son voisin. C'est de ça que parle mon disque...»

Arno, un chanteur engagé?

«Non! Je vous dis que je suis un chanteur de charme raté. Ce sont les politiciens qui doivent être engagés. Mais hormis quelques exceptions, on est mal barré.»

Tout le disque est chanté en français. Le français d'Arno...

«J'ai appris le français dans les rues d'Ostende. Là où je suis né... Aujourd'hui, les Ostendais le parlent moins. Sans doute à cause de VTM. Mes enfants sont français. Le bureau de ma firme de disques est à Paris. J'entretiens donc le vocabulaire. Comme dirait l'autre, quand vous dormez avec un chien, vous attrapez ses puces.»

Le 30 janvier 2002, vous avez été fait chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres. Votre réaction?

«Il ne faut jamais refuser quand on vous offre un cadeau. Cette médaille, c'est un beau cadeau. Ça m'a étonné. Ils l'ont donnée à Bob Dylan, à Lou Reed, à Björk, à Iggy Pop. Et aussi à Arno...»

Comment réagissez-vous quand vous entendez une de vos chansons à la radio?

«J'écoute. Ce sont des souvenirs. C'est difficile de prendre du recul par rapport à certaines chansons. A certaines époques. J'ai l'impression que ce n'est pas moi.»

A 55 ans, avez-vous encore quelque chose à prouver?

«Prouver quoi? A qui? J'écris et je chante des chansons. C'est tout. Avec une larme et un sourire...»

Arno, French Bazar (Virgin). Sortie le 25/05.

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