Nana Mouskouri a quitté la politique et préfère soutenir l'Unicef

PARIS Madame la Députée européenne voyagea, pendant cinq ans, entre Strasbourg et Bruxelles. Mais aujourd'hui, Nana Mouskouri a quitté la politique, elle retrouve le calme de sa maison suisse et reprend, lorsque ses activités professionnelles l'appellent, l'avion de Paris. Elle prépare une tournée aux Pays-Bas et en Scandinavie, qui commence par la Belgique. Concerts le 18 octobre au Forum de Liège, le lendemain à la salle Reine Elisabeth d'Anvers, puis le 20 au Casino d'Ostende et le 29 aux Beaux-Arts de Bruxelles.

{Q.}Quand êtes-vous venue pour la dernière fois à Bruxelles?

{R.}`Je ne suis plus revenue depuis que j'ai quitté le Parlement européen. Donc en juin de l'année dernière.´

{Q.}Dans quel état d'esprit avez-vous quitté la politique?

{R.}`Pour moi, c'était déjà une grande aventure d'y entrer et je l'ai fait avec beaucoup d'enthousiasme et de plaisir. Chez moi, en Grèce, je n'étais pas trop intéressée par la politique. Mais le président du parti de la Nouvelle Démocratie était un grand ami. Il m'a expliqué qu'il avait besoin de moi parce que je connaissais l'Europe et que, par ailleurs, la Grèce était un pays qui avait du mal à s'adapter aux réalités européennes, comme d'ailleurs beaucoup de pays du Sud. Je pensais pouvoir être utile. Cette expérience m'a pris beaucoup de temps, mais le travail était très intéressant. Mais moi, chanteuse, je vivais difficilement certaines contradictions de la politique. Un artiste voit les choses différemment. Nous, on aime arriver au bout de nos promesses. On veut tellement donner satisfaction à notre public. Alors oui, il était difficile pour moi d'imaginer mener cette vie très longtemps.´

{Q.}Des regrets?

{R.}`Ce que je crois profondément, c'est que des gens sont destinés à la politique. Nous avons tous besoin de la politique. Malheureusement, c'est un univers où tout le monde veut le pouvoir. Pour y arriver, il faut faire des concessions et moi, je n'aime pas les concessions. Encore, si ces concessions servent à des choses comme le retour de la paix, l'intérêt est tellement grand qu'on ferme les yeux. Mais la politique n'est pas toujours très juste. Cela dit, j'ai quand même travaillé sur des projets très intéressants. J'ai notamment tenté de rapprocher l'Europe du citoyen grec. Je suis quelqu'un de positif et je garde l'espoir et la confiance en nos institutions. Mais, pour ce qui me concerne, je préfère le travail que je fais en tant qu'ambassadrice de l'Unicef. Cela reste dans le domaine humain. Mais c'est quelque chose que je peux travailler plus librement.´

Une pompe à eau au Kenya

{Q.}Vous êtes plus qu'une image pour l'Unicef? Vous pouvez agir concrètement sur certaines situations?

{R.}`Absolument! Je voyage beaucoup. Je vais dans les pays, j'y rencontre des présidents, des ministres et on défend, sur place, certaines causes. Je vous donne un exemple. L'Unicef avait installé, près de Nairobi, au Kenya, une pompe à eau. Pour nous, cela peut sembler peu de chose. Parce qu'on n'imagine pas l'importance qu'une pompe à eau peut avoir pour les populations locales, pour la santé, la propreté... C'est véritablement vital. Or, cette pompe-là pouvait servir à 250.000 personnes. Mais, à cause d'une bureaucratie très lourde, l'Unicef ne recevait pas l'autorisation d'ouvrir les vannes. Je me suis rendue deux fois dans ce pays et on a finalement reçu la fameuse autorisation. Parce que nous sommes des personnes connues, nous sommes reçues autement que les fonctionnaires. Et puis surtout, ils savent que la presse suit nos déplacements. Oui, nous pouvons être utiles. Il y a tellement à faire. En matière d'éducation des enfants, d'équipements d'écoles et d'hôpitaux... Bêtement, en insistant sur le besoin de frigidaires pour conserver les vaccins dans les hôpitaux...´