Beverly Jo Scott sort son premier album en français. Elle l'a présenté au Bouche-à-Oreille

BRUXELLES Pour avoir donné de la voix aux côtés de Paul Personne ou d'Arno (l'inoubliable Jean Baltazaaar ...), on sait que la tessiture de Beverly Jo Scott se marie bien aux subtilités de la langue française. Du coup, quand on la rencontre, relax et pieds nus dans un grand canapé, le premier mot qui nous vient, c'est Enfin ! Enfin un album où elle chante en français des textes qu'elle a coécrits sur des musiques qu'elle a composées. Ça la fait sourire, ça la flatte un peu aussi, dit-elle. "J'ai aussi entendu la réaction inverse, genre Mais enfin ! Pourquoi un album en français ? Les fans qui aiment la soul-blues-rock que je fais d'habitude vont être décontenancés. Mais ça faisait vraiment longtemps que j'en avais envie. J'ai 48 ans et il y a encore plein de petits projets que je n'ai pas réalisés. Celui-ci était l'un d'entre eux."

Au total, B.J. aura travaillé deux ans sur Dix Vagues . "J'ai voulu tout soigner, que tout soit élégant, un peu plus philosophique, aussi. " Et surtout, le travail d'écriture dans la langue de Molière lui a demandé beaucoup de travail. "Tous les étudiants le savent : le français est une langue exigeante, difficile à écrire. Mais c'est aussi ce qui rend cette langue magnifique. Il y a des nuances que vous avez que nous ne possédons pas en anglais. Le chanter, c'est aussi terriblement difficile. À la fin de la journée, j'avais mal aux mâchoires. Mais je suis une fille qui aime le risque ", dit-elle en riant.

L'appel de l'Abbé Pierre

À cette langue qu'elle prétend mal maîtriser, Beverly Jo a eu l'intelligence d'adjoindre la musique qu'elle aime, celle qui vient de là... "Musicalement, je tenais à rester moi-même. Elle est ancrée dans le Sud, d'où je viens. D'ailleurs, je ne sais rien faire d'autre ", ajoute-t-elle encore, modeste. "Je trouvais ce mariage intéressant. Au lieu d'une francophone qui colore sa musique d'ailleurs, moi, je suis quelqu'un d'ailleurs qui colore sa musique d'expressions françaises. Je n'ai rien inventé, mais ça reste bien à moi... " Et quand elle rentre dans son Alabama natal, aujourd'hui, B.J. n'en revient pas que les "red necks " du coin lui demandent de chanter en français. "Ils ne comprennent rien à ce que je dis ", rigole la chanteuse. "Mais ils adorent !

Sur Dix Vagues , on épinglera encore, Dormir au chaud , texte sur les sans-abri, signé Claude Semal, et introduit par le discours de l'Abbé Pierre, ce fameux hiver 54. "C'est dramatique qu'on en soit encore là" , dit-elle. "Moi, j'ai vécu dans la rue et je sais pourquoi. J'étais en fugue, je n'avais pas de moyens, mais c'était un choix de vie. Je m'en sortais avec ma guitare. Aujourd'hui, je vois des gens de mon âge qui n'ont pas choisi : ils ont perdu leur travail et ils se retrouvent sans rien. [...] J'ai beaucoup bourlingué, c'est vrai" , dit-elle. "Mais la Belgique a vraiment été pour moi une terre d'adoption. Au départ, en fait, quand je suis arrivée chez vous, je n'avais pas les moyens de repartir ! Et puis, je n'ai plus eu envie de partir, parce que j'ai trouvé ce qui me manquait, ici : psychologiquement, politiquement. La Belgique est une mine d'or d'art, de talent, d'avant-gardisme. Une fois que l'on dépasse le côté surfait des problèmes linguistiques, ce pays est le plus formidable d'Europe... Aujourd'hui, je suis mariée et je suis Belge ! "



Propos recueillis par Isabelle Monnart

Beverly Jo Scott, Dix Vagues.



Beverly Jo Scott sort son premier album en français. Elle le présente ce soir au Bouche-à-Oreille

BRUXELLES Pour avoir donné de la voix au côté de Paul Personne ou d'Arno (l'inoubliable Jean Baltazaaar ...), on sait que la tessiture de Beverly Jo Scott se marie bien aux subtilités de la langue française. Du coup, quand on la rencontre, relax et pieds nus dans un grand canapé, le premier mot qui nous vient, c'est Enfin ! Enfin un album où elle chante en français des textes qu'elle a coécrits sur des musiques qu'elle a composées. Ça la fait sourire, ça la flatte un peu aussi, dit-elle. "J'ai aussi entendu la réaction inverse, genre Mais enfin ! Pourquoi un album en français ? Les fans qui aiment la soul-blues-rock que je fais d'habitude vont être décontenancés. Mais ça faisait vraiment longtemps que j'en avais envie. J'ai 48 ans et il y a encore plein de petits projets que je n'ai pas réalisés. Celui-ci était l'un d'entre eux."

Au total, B.J. aura travaillé deux ans sur Dix Vagues. "J'ai voulu tout soigner, que tout soit élégant, un peu plus philosophique, aussi. " Et surtout, le travail d'écriture dans la langue de Molière lui a demandé beaucoup de travail. "Tous les étudiants le savent : le français est une langue exigeante, difficile à écrire. Mais c'est aussi ce qui rend cette langue magnifique. Il y a des nuances que vous avez que nous ne possédons pas en anglais. Le chanter, c'est aussi terriblement difficile. À la fin de la journée, j'avais mal aux mâchoires. Mais je suis une fille qui aime le risque ", dit-elle en riant.

À cette langue qu'elle prétend mal maîtriser, Beverly Jo a eu l'intelligence d'adjoindre la musique qu'elle aime, celle qui vient de là... "Musicalement, je tenais à rester moi-même. Elle est ancrée dans le Sud, d'où je viens. D'ailleurs, je ne sais rien faire d'autre ", ajoute-t-elle encore, modeste. "Je trouvais ce mariage intéressant. Au lieu d'une francophone qui colore sa musique d'ailleurs, moi, je suis quelqu'un d'ailleurs qui colore sa musique d'expressions françaises. Je n'ai rien inventé, mais ça reste bien à moi... " Et quand elle rentre dans son Alabama natal, aujourd'hui, B.J. n'en revient pas que les "red necks " du coin lui demandent de chanter en français. "Ils ne comprennent rien à ce que je dis ", rigole la chanteuse. "Mais ils adorent ! "

Sur Dix Vagues , on épinglera encore, Dormir au chaud , texte sur les sans-abri, signé Claude Semal, et introduit par le discours de l'abbé Pierre, ce fameux hiver 54. "C'est dramatique qu'on en soit encore là" , dit-elle. "Moi, j'ai vécu dans la rue et je sais pourquoi. J'étais en fugue, je n'avais pas de moyens, mais c'était un choix de vie. Je m'en sortais avec ma guitare. Aujourd'hui, je vois des gens de mon âge qui n'ont pas choisi : ils ont perdu leur travail et ils se retrouvent sans rien. [...] J'ai beaucoup bourlingué, c'est vrai" , dit-elle. "Mais la Belgique a vraiment été pour moi une terre d'adoption. Au départ, en fait, quand je suis arrivée chez vous, je n'avais pas les moyens de repartir ! Et puis, je n'ai plus eu envie de partir, parce que j'ai trouvé ce qui me manquait, ici : psychologiquement, politiquement. La Belgique est une mine d'or d'art, de talent, d'avant-gardisme. Une fois que l'on dépasse le côté surfait des problèmes linguistiques, ce pays est le plus formidable d'Europe... Aujourd'hui, je suis mariée et je suis Belge ! "



Propos recueillis par Isabelle Monnart

Beverly Jo Scott, Dix Vagues.

Beverly Jo Scott sort son premier album en français. Elle le présente ce soir au Bouche-à-Oreille

BRUXELLES Pour avoir donné de la voix au côté de Paul Personne ou d'Arno (l'inoubliable Jean Baltazaaar ...), on sait que la tessiture de Beverly Jo Scott se marie bien aux subtilités de la langue française. Du coup, quand on la rencontre, relax et pieds nus dans un grand canapé, le premier mot qui nous vient, c'est Enfin ! Enfin un album où elle chante en français des textes qu'elle a coécrits sur des musiques qu'elle a composées. Ça la fait sourire, ça la flatte un peu aussi, dit-elle. "J'ai aussi entendu la réaction inverse, genre Mais enfin ! Pourquoi un album en français ? Les fans qui aiment la soul-blues-rock que je fais d'habitude vont être décontenancés. Mais ça faisait vraiment longtemps que j'en avais envie. J'ai 48 ans et il y a encore plein de petits projets que je n'ai pas réalisés. Celui-ci était l'un d'entre eux."

Au total, B.J. aura travaillé deux ans sur Dix Vagues. "J'ai voulu tout soigner, que tout soit élégant, un peu plus philosophique, aussi. " Et surtout, le travail d'écriture dans la langue de Molière lui a demandé beaucoup de travail. "Tous les étudiants le savent : le français est une langue exigeante, difficile à écrire. Mais c'est aussi ce qui rend cette langue magnifique. Il y a des nuances que vous avez que nous ne possédons pas en anglais. Le chanter, c'est aussi terriblement difficile. À la fin de la journée, j'avais mal aux mâchoires. Mais je suis une fille qui aime le risque ", dit-elle en riant.

À cette langue qu'elle prétend mal maîtriser, Beverly Jo a eu l'intelligence d'adjoindre la musique qu'elle aime, celle qui vient de là... "Musicalement, je tenais à rester moi-même. Elle est ancrée dans le Sud, d'où je viens. D'ailleurs, je ne sais rien faire d'autre ", ajoute-t-elle encore, modeste. "Je trouvais ce mariage intéressant. Au lieu d'une francophone qui colore sa musique d'ailleurs, moi, je suis quelqu'un d'ailleurs qui colore sa musique d'expressions françaises. Je n'ai rien inventé, mais ça reste bien à moi... " Et quand elle rentre dans son Alabama natal, aujourd'hui, B.J. n'en revient pas que les "red necks " du coin lui demandent de chanter en français. "Ils ne comprennent rien à ce que je dis ", rigole la chanteuse. "Mais ils adorent ! "

Sur Dix Vagues , on épinglera encore, Dormir au chaud , texte sur les sans-abri, signé Claude Semal, et introduit par le discours de l'abbé Pierre, ce fameux hiver 54. "C'est dramatique qu'on en soit encore là" , dit-elle. "Moi, j'ai vécu dans la rue et je sais pourquoi. J'étais en fugue, je n'avais pas de moyens, mais c'était un choix de vie. Je m'en sortais avec ma guitare. Aujourd'hui, je vois des gens de mon âge qui n'ont pas choisi : ils ont perdu leur travail et ils se retrouvent sans rien. [...] J'ai beaucoup bourlingué, c'est vrai" , dit-elle. "Mais la Belgique a vraiment été pour moi une terre d'adoption. Au départ, en fait, quand je suis arrivée chez vous, je n'avais pas les moyens de repartir ! Et puis, je n'ai plus eu envie de partir, parce que j'ai trouvé ce qui me manquait, ici : psychologiquement, politiquement. La Belgique est une mine d'or d'art, de talent, d'avant-gardisme. Une fois que l'on dépasse le côté surfait des problèmes linguistiques, ce pays est le plus formidable d'Europe... Aujourd'hui, je suis mariée et je suis Belge ! "



Propos recueillis par Isabelle Monnart

Beverly Jo Scott, Dix Vagues.



© La Dernière Heure 2008