En 2018, SCH livrait avec JVLIVS ce qu’il convient d’appeler un classique. Le pari était pourtant des plus audacieux : après la mixtape A7 (2015), Anarchie (2016) et Deo Favente (2017) livrer un album scénarisé à la manière d’un film . De quoi diviser la fan base. Pourtant, trois ans plus tard, ce disque s’impose parce qu’on y revient inlassablement. La marque des grands. Le S y pose sa personnalité singulière avec un propos plus personnel qu’auparavant. Il se glisse aussi dans un costume taillé pour ses ambitions et de nature à marquer les esprits.

À quoi s’attendre avec la suite annoncée, JVLIVS II, quand le premier tome I a placé la barre si haut ? Sans compter le coup de boost qu’a procuré au rappeur Marseillais sa participation sur la machine à clics “Bande organisée” du collectif 13'Organisé emmené par un certain Jul. Preuve qu’il s’est passé quelque chose depuis, à peine disponible, la précommande de l’album a fait disjoncter le site de vente.


Appréhension

Comme les fans, on espère secrètement être encore plus emballé par cette suite. Mais une petite ritournelle nous dit aussi que la déception pourrait être à la hauteur de cette attente. Alors quand ce vendredi 19 mars, à la première heure, est venu le moment de pousser sur Play, le doigt tremble légèrement…

Le doute est évacué dès les premières minutes. Le S frappe fort avec un disque cuisiné aux petits oignons. “Gibraltar”, qui ouvre les hostilités, fait immédiatement ressurgir le personnage de Julius rencontré sur JVLIVS. Un double “inspiré des films de Scorsese que je dévore ou des mafieux du Parrain comme il l’explique au Parisien. En écoutant la voix (sur “La battue" également), on se prend à rêver d’une rencontre en face-à-face avec Robert De Niro.

Dans la cour des grands

Single avant-coureur au clip hyperléché, “Marché noir” laissait entrevoir le meilleur pour cette suite. On n’est pas déçu, pas pour un sou. Le S joue juste et s’invite dans la cour des grands, celles des Damso et compagnie. Quitte à en faire bondir certains, “Grand bain” ne dépareillerait pas sur une plaque du Belge.


SCH livre 19 titres sur lesquels il enchaîne les flows différents sur des instrus dont certains surprennent l’oreille. "Crack” et sa mélodie au piano, par exemple. Une recette que l’on retrouve aussi sur “Zone à danger” et tout au long du disque.

La constante sur JVLIVS II, c’est surtout le verbe et cet univers cinématographique dans lequel Julien Schwarzer évolue comme un poisson dans l’eau. Il décline sa vie, passée, présente, à venir aussi. Il y a de la mélancolie, des ruptures, des allusions et surtout des mots choisis avec soin.

Jul

Qu’importe ce que diront les détracteurs de Freeze Corleone, son featuring sur “Mannschaft” est l’un des sommets de ce disque. Et “Euro” qui suit est un film à lui tout seul, avec une bande-son sur laquelle des voix aériennes en arrière-plan, mi-enfant mi-sirène, côtoient le timbre grave d’un personnage échappé des Tontons Flingueurs pour raconter une histoire de gun, de casino, de Rolls, d’AK47...


L’autre featuring est un retour d’ascenseur. Avec 13'Organisé, Jul a propulsé SCH vers de nouveaux sommets. Cela valait bien une invitation pour partager “Mode Akimbo”. De quoi faire taire à tout jamais les détracteurs de l’hyper prolifique Marseillais aux ventes colossales ?

Trilogie, docu, Netflix

Il se dégage de l’ensemble une force et une assurance indéniable. SCH a bien pris une nouvelle dimension depuis la sortie de JVLIVS il y a trois ans. Cerise sur le gâteau pour les fans, la sortie de l’album ce vendredi a été précédée par celle d’un documentaire. JVLIVS II : le jour d’avant consacre 15 minutes au concept initié en 2018, en particulier à son personnage de Julius. On y croise du beau monde : l’Algérino, Soso Maness, Kofs et le désormais incontournable Jul.


Sur sa lancée, le Marseillais confirme que le projet JVLIVS n’est pas terminé avec ce second tome. “Ça sera une trilogie, c’est sûr ! Je sais où le fil rouge conduit la fin de l’histoire”, a-t-il confié sur Apple Music. Et ce n’est pas tout. Il annonce aussi sa participation au jury de la version française du télécrochet rap de Netflix (Rythm + Flow) et même des projets de comédie musicale. Une première dans le monde du rap, confie-t-il au Parisien. Rien que ça.