Découvrez ici le palmarès du Concours Reine Elisabeth 2013


BRUXELLES Ce samedi soir, les deux derniers finalistes du Concours Reine Elisabeth entraient en scène. L'Américain Sean Kennard était l'avant-dernier à étaler son talent devant le jury, avant de laisser sa place sur scène au remarquable Polonais Mateusz Borowiak.

Voici le palmarès de l'édition 2013, consacrée au piano:

Premier prix du Concours, Prix Reine Fabiola: Boris Giltburg (Israël)

2ème: Rémi Geniet (France)
3ème: Mateusz Borowiak (G-B/Pologne)
4ème: Stanislas Khristenko (Russie)
5ème: Zhang Zuo (Chine)
6ème: Andrew Tyson (USA)

Les six autres, non classés, par ordre alphabétique :

Tatiana Chernichka
Roope Gröndahl
David Fung
Sean Kennard
Kim Sangyoung
Liu Yuntian

Trio de tête enthousiasmant

Pas d’école, pas de règle, rien que des personnalités, classées dans un « certain ordre »

Une joie immense à l’annonce du nom de Boris Giltburg ! Il a soulevé les foules, démontré un talent personnel, riche, inventif, inscrit dans le plus beau « pianisme » qui soit, son titre est largement mérité (et il est né le même jour qu’Hadja Lahbib !)

Remy Geniet, le bien nommé, était le génie de la bande, il avait mal choisi son concerto mais il n’a pas démérité, le jury l’a distingué pour ses qualités artistiques, intellectuelles et humaines exceptionnelles, on ne peut que s’en réjouir.

Mateusz Borowiak était le plus complet et le plus accompli de tous, le public de Musiq’3 l’a bien entendu : il remporte aussi le prix du public ! C’était aussi notre coup de cœur…

Stanislav Khristenko est un immense artiste, même si son Brahms était un peu convenu, Zuo Zhang fut la fée de la finale (on l’aurait bien vue plus haut), Andrew Tyson, enfin, était l’extraterrestre de service, un autre génie, mais trop fantasque, assurément, pour obtenir l’unanimité du jury…

Parmi les lauréats non classés, Roope Gröndahl est celui que nous irions réentendre demain, il en a encore tant à nous dire.
Retour sur derniers finalistes! Un dernier samedi soir...


Mateusz Borowiac, un premier potentiel

Le jeune pianiste a tout pour lui, y compris la ressemblance avec Schubert…


Un dernier samedi soir...

Mateusz Borowiac, un premier potentiel

Le jeune pianiste a tout pour lui, y compris la ressemblance avec Schubert…

Dernier finaliste du marathon élisabéthain, Mateusz Borowiak, 24 ans, a la double nationalité polonaise et britannique (et semble avoir puisé le meilleur des deux côtés). Malgré l’imposant concerto qui l’attend, il a mis l’opus 110 de Beethoven à son programme, et en livre une version souveraine de clarté, d’engagement, de style. Si le fugato central de l’allegro molto est un peu bousculé, l’adagio qui suit est une merveille de simplicité avant l’arrivée – à pas mesurés – de la fugue introductive du redoutable final. Ce passionné de Bach fait de cet allegro touffu un modèle de lisibilité, chant compris, livré avec une maîtrise et une virtuosité étourdissantes. Vif succès et retour souriant du jeune pianiste pour l’imposé dans lequel il fait valoir la richesse de ses sonorités, son sens de la construction et sa capacité à faire vivre une partition. Avec sa mine sérieuse et son petit air de Schubert, Mateusz se permet d’empoigner la matière musicale et sonore pour la sculpter, littéralement, selon sa vision intérieure. Petrossian doit être aussi surpris que ravi...

Le finaliste sera-t-il aussi inspiré – et aussi maître de lui - dans l’ultime 3e de Rachmaninov de la session ? Le début de premier mouvement le laisse espérer. Cette fois, tout y est : la virtuosité accomplie, comme effacée, la profonde musicalité et une sorte d’humilité, ou, ce qui revient au même, de dévotion à l’œuvre, avec, évidemment, tous les moyens de l’exprimer. Et encore : la hauteur d’âme qui permet de voir grand et loin, même au plus fort de la tempête.

Et comme ce piano respire, comme tout y est ample, généreux, raffiné (Mateusz vient du pays de Chopin…). L’intermezzo est un bonheur, passionné sans être sentimental, tour à tour tendre, joyeux, poignant, et toujours sous contrôle. Un ravissement. Le musicien relancera et maintiendra la tension dans l’incroyable course finale (malgré un petit coup de mou avant le dernier assaut), attestant toutes ses chances d’accéder au podium. Résultat dans une heure !

Kennard, la grâce éphémère

L’Américain livre un miraculeux adagio dans le concerto de Brahms.

En présence de la Reine Fabiola, dernière soirée de la session 2013, et dernière sonate de Haydn : Sean Kennard a choisi la courte ut majeur XVI : 48, en deux mouvements seulement. L’andante con espressione se montre assurément expressif mais, construit comme une juxtaposition de courtes cellules, finit par manquer de fluidité et de naturel. Plus de simplicité dans le rondo, mais ce presto frise parfois la précipitation, et cela ne va pas sans quelques légers accrocs.

C’est dans une grande concentration que l’Américain aborde l’imposé de Michel Petrossian, un régisseur de l’orchestre officiant même comme tourneur de pages. Il en résulte une lecture assez objective, sorte de moyen terme entre les approches rêveuses ou combattantes de certains de ses collègues.

Le début de son interprétation du premier concerto de Brahms va laisser un sentiment similaire : l’entrée dans le maestoso est élégante, sans distance exagérée mais sans passion réelle. Au fur et à mesure que le tempo s’accélère, l’Américain s’engage plus et prend les risques qu’il faut. Avec, à la clé, un peu de déchet, mais tant pis si c’est le prix à payer pour ce surcroît de flamme. L’adagio est un pur moment de bonheur, d’intensité suspendue, parfaitement soutenu par un orchestre en pleine communion. Comme si Kennard, que l’on sait croyant fervent, avait soudain été touché par la grâce divine. Il se lance à fond dans le rondo, mais la grâce l’a quelque peu quitté : il reste la flamme – mais peut-être plus tout à fait assez – et l’enthousiasme, mais tant le candidat que l’ONB accusent à nouveau quelques désordres. S’en suit un final épique, brillant, mais assurément pas irréprochable. Kennard aura été au sommet le temps d’un adagio qui restera comme un des temps forts de cette session 2013.

© La Dernière Heure 2013