À presque 40 ans, l'ex-chanteur de Suede sort les cuivres, les violons et "attaque à la jugulaire"

BRUXELLES Brett Anderson n'a pas voulu chipoter avec son premier album solo. Dès les premières secondes, l'ancien chanteur de Suede et le toujours actuel frontman des Tears y va cash. Le nom de la plage titulaire de cet album éponyme tout d'abord : Love is Dead . Oui, c'est sûr, l'Anglais ne va pas changer son répertoire pour livrer sa première galette 100 % perso . Ensuite, une ouverture avec des cuivres et des violons. Pas question, donc, de la rudesse d'un Nick Cave, par exemple, qui revient avec Grinderman à ses premières amours électriques. Les premières paroles encore. Nothing ever really goes right, nothing really flows in my life. Rien n'a jamais été, rien ne coule vraiment de source dans ma vie.

"Oui, c'est direct à la jugulaire , sourit-il. C'est un disque misérable. Il est triste et mélancolique. Et sombre. Il reflète comment je me sens parfois. C'est ce que tout le monde peut ressentir, pas seulement moi. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose de voir la vie d'un côté triste. C'est libérateur. Ça libère dans le sens que ça vous donne la latitude de vous exprimer de différentes manières. Si tu acceptes que la vie est pleine de duretés et de peines, cela te rend plus libre. "

Et ces réalités, Brett Anderson semble les avoir pleinement assumées, lui qui fait donc un petit tour solo après avoir retrouvé Bernard Butler pour former les Tears avec un album sorti en 2005. Mais il ne semble pas y avoir la moindre interférence entre les deux projets.

"Mon album solo, je ne l'ai pas écrit avec des guitares mais avec des cordes, du synthé. Cela ressemble vraiment à un disque très différent. Musicalement, c'est écrit de façon très différente. Au niveau des paroles, c'est probablement plus personnel. C'est mon nom dessus, donc naturellement c'est plus personnel."

Et donc Brett Anderson ne se cache plus derrière des métaphores comme du temps où il affolait la planète pop-rock avec Suede.

"Les paroles sont très directes, c'est vrai. Durant des années, j'ai développé ma façon d'écrire et je l'ai rendue plus simple, je pense. Quand j'ai commencé à écrire des chansons, beaucoup de mots étaient très vagues, poétiques. Maintenant, j'espère simplifier mes chansons et juste dire ce que je pense. Song for my Father est un hommage très simple à mon père, il n'est pas supposé être une chanson compliquée. Mon père est mort et j'ai écrit une chanson sur lui. J'ai dû être relativement honnête avec moi-même, avec mon travail, avec mes émotions. Ce n'est pas facile mais aucun travail n'est facile. Une sorte de thérapie ? Oui, peut-être que si je n'avais pas décidé d'imprimer cette direction à ma carrière, j'aurais eu besoin d'une thérapie. Je fais des interviews et je dois parler de ce que j'ai dans la tête sans devoir sortir 50 livres par heure. Couche-toi sur le divan et parle-moi de ton enfance. J'ai jamais essayé. Je n'en ai pas besoin, je peux m'écouter moi-même. Le psy crée une sorte de dépendance au canapé, il faut toujours aller plus loin, il ne te dit jamais O.K., c'est bon, tu ne dois plus venir me voir. C'est suspect."

Comme ses déclarations quand il annonce qu'il n'a guère d'ambitions commerciales avec cet album ? L'homme a l'air sincère et n'a aucunement essayé d'exploiter de veilles recettes pour attiser la curiosité des fans de Suede.

"Si je me plante, ce sera mon échec et les gens me pointeront du doigt en riant. Et c'est bien. Je ne m'attends pas à connaître un succès immense avec ce disque. C'est un petit disque personnel dans lequel j'ai écrit des chansons dont je suis très fier. Ce n'est pas fait pour devenir un Madonna, un album plein de succès. Ce n'est pas l'âme de ce disque. En ce sens, je ne peux pas échouer. Si je vends un exemplaire, ce sera déjà un succès. Je fais de la promo parce que la musique, c'est du business et quand tu es un artiste, tu ne peux pas y échapper. Tu fais d'office partie du grand jeu. Avec Suede, c'était très différent. Nous voulions être dans un grand groupe, vendre plein de disques. C'était un groupe pop. Un groupe de pop tordu mais un groupe de pop quand même. Et la définition du succès pour un groupe pop, c'est le nombre de ventes. C'est vraiment différent au niveau de la mentalité."

Brett Anderson, Brett Anderson (V2)



© La Dernière Heure 2007