Depuis la semaine dernière et la décision de la justice américaine de revoir l’exercice de la tutelle à laquelle est soumise Britney Spears depuis 2008, on lit et on entend partout que la chanteuse est désormais libre. Ce n’est pas vraiment le cas. Si elle est bel et bien délivrée de la tutelle exercée par son père Jamie Spears, ce qu’elle réclamait depuis de longues années, elle n’est pas pour autant libre de faire ce qu’elle veut. Désormais, ce sont des tuteurs professionnels qui ont pris le relais.

Ce qui est en revanche certain, c’est qu’elle est soulagée et savoure ce relâchement de l’étau qui la prive de tout depuis 13 ans. On passera sur l’épisode des photos nues qu’elle a posté dans la foulée de la décision de la justice américaine et qui ont fait le buzz sur la Toile, pour retenir le message publié ce lundi 4 octobre sur Twitter. Il est adressé au mouvement #FreeBritney qui a milité ardemment pour que la chanteuse puisse reprendre le contrôle de sa vie. “Je n’ai pas de mots, écrit-elle en s’adressant ceux qui ont constitué cet élan de mobilisation sans précédent. Grâce à vous et à votre abnégation à me voir libérée de cette tutelle, ma vie prend une nouvelle direction”. Elle confesse avoir pleuré deux heures durant et remercie ses fans parce que ce sont les “meilleurs du monde et je le sais”. Sur la vidéo qui accompagne le message, elle paraît très émue.

Cela fait trois ans désormais que le public de la pop star a commencé à se mobiliser pour l’extraire des griffes d’un père qualifié de “cruel, toxique et abusif” par l’avocat qui défend les droits de l’interprète de “Baby One More Time”.

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Britney Spears n’est cependant pas encore tirée d’affaire. Même si elle a remporté une bataille importante, la plus difficile reste à mener. Et celle-ci va la voir se battre contre elle-même. La chanteuse le sait, elle est son plus coriace adversaire. “Bien qu’il y ait du changement et des choses à célébrer dans ma vie, j’ai encore un long chemin à faire avant la guérison, reconnaît-elle. Je prends du temps pour comprendre que c’est normal de prendre du temps pour ralentir les choses et respirer”. Pour parvenir au bout de ce chemin, elle peut compter sur de bons soutiens, dit-elle. Notamment sur Sam Asghari avec qui elle vient de se fiancer. Le couple entend se trouver un nouveau petit nid douillet pour repartir du bon pied, indique le réputé site TMZ.

"Une mort civile"

En marge de toute cette agitation judiciaire et sur la Toile, il faut noter la sortie d’un nouveau documentaire consacré à la pop star. Un de plus diront certains, notamment après le très remarqué Framing Britney Spears que l’on doit au New York Times. Sorti en février dernier, celui-ci décortiquait la façon avec laquelle les médias ont traité le phénomène Britney Spears, ainsi que les coulisses de la tutelle dont elle fait l’objet.


Britney vs. Spears mérite cependant le détour. Parce qu’il est très bien documenté. Parce qu’il donne la parole à de nombreux témoins. Et surtout parce qu’il plonge aux racines du mal qui a provoqué la mise sous tutelle de la star et analyse comment une armada d’avocats s’est jouée du système pour confisquer la vie de Britney Spears. Un spécialiste américain de la tutelle compare celle-ci à “une mort civile”. “La personne ne peut plus rien décider en ce qui concerne sa santé. La possibilité de donner un consentement éclairé pour un traitement ou un médicament est retirée”, ajoute-t-il.

2007, la descente aux enfers

Sa descente aux enfers remonte à 2007 et son divorce avec Kevin Ferderline. Britney Spears perd les pédales. On se souvient de son crâne rasé et de photos à faire peur. De son refus aussi de ne pas présenter ses enfants à son ex comme convenu avec le tribunal, ce qui lui vaudra d’être envoyée à l’hôpital. “Ce qui m’a sauté aux yeux pendant le divorce avec Kevin, c’est qu’elle n’avait jamais eu personne à qui faire confiance. Ni maman, ni papa, ni amis. Personne”, confie un paparazzi qui fut un instant proche d’elle.

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C’est à ce moment qu’a surgi de nulle part son père, Jamie Spears. Disparu de la circulation et de la vie de la chanteuse depuis longtemps, il plaide la démence et bénéfice de la complicité d’une psychiatre pour la faire valider, indique le docu. De quoi faire placer sa fille sous tutelle. La voici privée de tout. De sa carte de banque, de sa liberté de déplacement, du choix de ses médecins et de ses avocats. Pour se rendre dans un McDo, elle est condamnée à recevoir l’aval de son père. Elle est aussi contrainte de prendre des cocktails détonants de médicaments.

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Une chape de plomb

Dans un courrier qu’elle adresse à Andrew Gallery, le directeur photo du documentaire For The Record (MTV) dont l’existence est révélée dans Britney vs. Spears, elle dénonce déjà la mainmise faite sur sa vie et les profits qu’en tirent ceux qui l’exercent. “On empêche Britney de dénoncer tout ce qui se passe. Ceux qui contrôlent sa vie ont gagné 3 millions cette année. Elle aimerait que d’autres yeux voient sa situation, mais si elle en parle, elle est menacée. Les tuteurs menacent de prendre ses enfants. Combien de temps est-ce censé durer ?” Cette lettre écrite de sa main à la troisième personne, elle espérait voir lue à la télévision. Elle ne l’a jamais été.

Il convient aussi de remarquer que Britney vs. Spears ne donne pas uniquement la parole au clan de la pop star. L’avocat de Kevin Federline s’y exprime également. Si Britney Spears s’estimait vraiment retenue contre son gré, soutient-il, elle aurait pu le dénoncer de mille et une façons, ce qu’elle n’a pas fait. Cependant, juste avant la diffusion du documentaire le 28 septembre dernier, sa réalisatrice, Erin Lee Carr, a confié au Los Angeles Times qu’en commençant son travail, elle a reçu des mises en garde. “Bonne chance pour trouver des gens à interviewer. Ça va être compliqué. Il y a une chape de plomb sur toute cette histoire”, lui a dit une personne du milieu contactée pour aider à la réalisation de son film.

Manipulations et menaces, voilà ce que révèle cet énième documentaire consacré à la plus grande pop star du XXIe siècle qui est tout sauf un documentaire de plus.