Musique

Tête d’affiche la plus rutilante de cette 25e édition, Patrick Bruel a fait exactement ce qu’on attendait de lui, samedi soir.

Quatre bonnes heures avant sa montée sur scène, Bruel est là, face à une petite trentaine de personnes, pour introduire son show. L’espace presse des Francos est saturé. Ces dames sont déjà en pleine montée, et Patrick joue un peu avec les questions mi-fan, mi-pro qui lui sont adressées.


Les chanteurs de variété de l’ancienne école ont une classe et une disponibilité qu’on ne retrouve plus, aujourd’hui. La tête d’affiche du jour est souriante, détendue, répond avec humour quand on lui demande pour la douze millième fois « quel est son secret », et prend une mine grave de circonstance en revenant sur les attentats de Paris et Bruxelles qui ont inspiré une partie de son dernier album.

© Alexis Haulot

À la sortie, en revanche, c’est le délire. Les demoiselles qui ont su se tenir pendant qu’il prenait la parole lâchent les chiens et lui sautent dessus pour grappiller selfies, autographes ou le complimenter sur les ruches qu’il vient d’installer dans son oliveraie. Dur dur d’être l’archétype du beau gosse romantique des années 80 et l’éternel chouchou de trois générations de femmes. Bruel le sait, il joue le jeu.

« ‘Fallait venir avant »

On retrouve les mêmes et 20.000 autres un petit quart d’heure avant 23H. Ses hordes de fans attendent manifestement depuis longtemps, parce que la voie vers les premiers rangs est rapidement barrée . « Fallait venir avant si vous vouliez être devant hein, on est là depuis des heures. » 

Quand leur idole entre en scène, c’est inévitablement la folie. La Bruelmania est là, toujours aussi impressionnante, même si les hurlements, évanouissements et entrée en transe féminine collective nous avaient semblé plus viscéraux à Forest National.

© Alexis Haulot

Un immense visage de Bruel fait son apparition sur l’écran pour introduire les premières notes de Comment ça va pour vous ? Niveau egotrip, Patrick est béton. Pour le flow, il y a encore un peu de boulot. Bruel a toujours varié les plaisirs. Le titre date de 1985 et trois ou quatre morceaux de Ce soir on sort (2018) jouent eux aussi la carte urbaine, trente ans plus tard. Mais le Patrick rappeur n’est pas nécessairement le plus convaincant. 

On le préfère sur Alors regarde, Tout recommencer et Qui a le droit ?. Louise n’est pas mauvais, mais on peut difficilement blâmer Zaz pour son côté « je sauve le monde » et ne pas revenir sur la petite tendance de Patrick Bruel à en faire de même sur certains morceaux, dont ce Héros qui en fait décidément trop.

© Alexis Haulot

J’te l’dis quand même et J’ai croisé ton fils font oublier tout cela. Quand il s’installe au piano, Bruel prend encore une autre dimension. Le morceau écrit par le Québécois Pierre Lapointe est magnifique de simplicité et d’intensité, il colle parfaitement à l’interprète du soir, qui se délecte de ces moments d’intimité à grande échelle. C’est sans doute cela qui fait la beauté de Bruel : cette capacité à la jouer proche, sympa, ému face à plusieurs milliers de personnes, qui ont chacune l’impression de l’accueillir dans leur salon.

On se dandine sur Mon amant de saint-Jean, chante sur Casser la voix, et ne pipe mot sur le J’ai oublié de vivre de Johnny. Un autre monstre, dont Bruel partage la puissance scénique et la posture quasiment christique aux yeux du public. On n’en fait plus des comme ça, et c’est sans doute pour cela, qu’un Bruel remplit Forest National sept fois en dix mois.

© Alexis Haulot