Eddy Mitchell s'est arrêté avec son Jambalaya Tour samedi à Forest. Un concert très classe, mais qui manquait d'ambiance


BRUXELLES Eddy Mitchell, c'est bien sûr plus de 40 ans de chansons. Mais c'est également une personnalité hors norme, qui ne manque jamais de porter un regard ironique sur le show-biz. Aussi, lors de ses concerts, on attend toujours avec impatience le moment où il va s'adresser au public, avec cette pointe d'humour qui le caractérise. Samedi, à Forest National, il s'est ainsi amusé à lancer de petites piques ici et là à l'industrie du disque, comme lorsqu'il avoue qu'il a aussi cédé à cette mode qui veut que les chanteurs de sa génération font appel à de petits jeunes. "C'est comme ça que j'ai demandé au toujours très jeune Henri Salvador de m'écrire une chanson." Et vlan ! À un autre moment, lorsqu'il demandera au public si ça va et que celui-ci lui répond, fort logiquement, "ça va !" , il le reprendra. "On répond toujours ça, même lorsque ça ne va pas. C'est pourquoi j'aimerais que vous me répondiez : couci-couça !"

Le hic, c'est qu'on aurait aussi envie de dire la même chose pour le reste du concert : couci-couça ! Entendons-nous bien, le Schmoll était irréprochable. À près de 65 ans (en juillet), l'autre papy du rock tient toujours la grande forme, malgré les problèmes de santé - un cancer - qui l'ont affecté récemment. Vocalement, il reste au top, avec cette voix de crooner si caractéristique. Les petits jeunes auxquels il faisait allusion feraient bien d'en prendre de la graine ! Et s'il ne fait plus des cabrioles depuis belle lurette, il garde un joli jeu de jambes. Évoluant dans une ambiance cajun, avec en arrière-fond un décor de maison typique de La Nouvelle-Orléans à laquelle il rend hommage dans son dernier album, Claude Moine garde la classe.

Là où le bât blesse, c'est sans doute dans le choix des chansons. Ce n'est pas faire injure au talent d'Eddy Mitchell que d'affirmer que ses derniers albums (et le tout dernier en particulier) ne sont pas spécialement ceux qui sont les plus propices pour mettre de l'ambiance dans une salle comme Forest. La réussite d'un concert passe donc d'office par un judicieux équilibre entre les chansons récentes et plus anciennes. Équilibre qui n'existait pas samedi. Il aura fallu attendre la dernière demi-heure et les rappels pour avoir les grands classiques des années 70 et 80. Avant cela, pendant 1 h 30, il a aligné les titres de son dernier album (Ma Nouvelle-Orléans, On veut des légendes ) en alternance avec quelques chansons de ses opus précédents : Rio Grande, Sur la route 66 , etc. De jolis titres, mais généralement aux mêmes tonalités, qui ne risquent pas de déchaîner les passions dans la salle et d'entraîner des extinctions de voix.

Finalement, lorsqu'en fin de concert il enchaîne d'un seul coup Couleur menthe à l'eau, La dernière séance, Le cimetière des éléphants et l'inévitable Pas de Boogie Woogie , l'ambiance monte enfin d'un cran. Le public retrouve ses jambes de 20 ans, se lève et court vers la scène pour faire la fête avec son idole. Et on se dit que si l'ami Eddy avait mieux alterné ses titres récents et ses anciens succès, plutôt que de garder le meilleur pour la fin, l'ensemble du concert aurait eu une autre saveur...



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édéric Seront



© La Dernière Heure 2007