Sur son nouvel album, Jean-Jacques Goldman a voulu se faire plaisir et tenter des expériences

BRUXELLES Sur son album Rouge, Jean-Jacques Goldman s'était attaqué à des faits de société, décrivant un monde en évolution. Sur son dernier album de chansons inédites, En passant, qui date de 1997, le chanteur exprimait des émotions plus personnelles. Avec notamment une chanson comme Sache que je..., on allait apprendre bientôt qu'au moment où il préparait ce disque, son couple était en train de se déchirer.

Puis il a mis quatre années avant d'offrir du neuf et un album au titre vraiment curieux, Chansons pour les pieds (ce qui, vous l'avouerez, n'est pas pratique au niveau des écouteurs...). Ici, il n'y a pas de thème exploré en profondeur. Comme si les textes passaient volontairement au deuxième plan, effacés par l'intérêt des musiques. Pas même des musiques: des arrangements.

On pourrait même dire que Goldman, chanteur moderne s'il en est, a choisi de faire dans le vieux, en ce sens qu'il a imprégné beaucoup de ses chansons nouvelles de colorations presques médiévales. Il y a, bien sûr, le canon que l'on connaît déjà par le premier single, Ensemble. La flûte pour le deuxième titre, Et l'on n'y peut rien, qui est une gigue. Les violons ont une place importante dans ces orchestrations. Goldman fait même appel à des instruments de jadis: la vielle et la cornemeuse.

Et il n'hésite pas à vous marier cela à The Quo's in town tonite qui est bien une chanson interprétée en français, mais sur un ton incontestablement country rock et qui est d'ailleurs un hommage au groupe Status Quo.

Johnny Hallyday, qui sait de quoi il parle, l'a souvent répété: rien ne ressemble plus à une mélodie de Goldman qu'une autre mélodie de Goldman. Et c'est vrai qu'au gré de ces mélodies nouvelles, on se dit très régulièrement qu'on a déjà entendu telle ou telle chose chez Goldman. Mais le souvenir est imprécis. Il est difficile d'être formel. Cela ressemble à quelque chose, mais à quoi? Et puis, la sauce est tellement différente...

Au résultat? Les responsables du marketing de Sony Music, sa firme de disque, auront beaucoup de mal à établir les singles futurs, du moins s'ils recherchent une chanson, avec ce que ce mot peut contenir de conventionnel. La pluie, plus traditionnelle, où l'on retrouve les tapis de synthés si chers à Jean-Jacques Goldman, aurait pu faire l'affaire. Mais voilà! La chanson dure huit minutes et demie. Les radios ne l'accepteront pas telle quelle.

Alors, il faudra faire comme on l'a fait avec Ensemble: surprendre. Et là, on pourrait se tourner vers Goldman dans... une tarentelle: Tournent les violons. La fête au château et tournent les vies, tournent les vi... olons.

Un aveu caché?

La vérité, c'est que cet album, s'il contient peu de chansons que l'on fredonnera le matin en attendant son bus, privilégie la recherche musicale et, à travers plusieurs titres, comme précisément The Quo's in town tonite ou encore la dernière du disque, Les choses, on peut deviner la véritable dimension de beaucoup de ces chansons nouvelles: une dimension scénique incontestable.

A propos de la dernière chanson, Goldman a joué exactement le même petit tour à ses admirateurs que Marc Lavoine sur son nouvel opus: après un temps de silence, il prolonge le disque par un petit morceau surprise. Celui-ci est tout simple, accompagné seulement à la guitare, sur une mélodie traditionnelle, presque à la Brassens. Et le texte se limite à Da da da da, la vie c'est mieux quand on est amoureux.

N'a-t-on pas annoncé un tout prochain mariage pour Jean-Jacques Goldman? Information toujours non confirmée. Mais ce passage-là n'est-il pas une clé pour dénouer le mystère?

Jean-Jacques Goldman, CD Chansons pour les pieds, distribution Sony Music