La star québécoise, heureuse d’être de retour dans son pays, sort un nouvel album ce vendredi. Alors ?

2h30 plus tard, elle était toujours là. Comme vissée aux planches de l’immense salle du Vidéotron dans la ville de Québec. Céline Dion est HEU-REU-SE sur scène chez elle. À la maison, elle peut tout se permettre. Comme un " monologue ", sourit-elle après coup, de 15 minutes où elle s’émerveille du bonheur de voir grandir, enfin, ses enfants dans son pays, entre parties de pêche pour René-Charles et chasse aux grenouilles pour les jumeaux. Voilà près de 6 semaines que Céline a quitté l’Europe francophone, après des concerts à Anvers et Paris débordants d’amour de la part du public. Mais ici, à Montréal et à Québec - où nous venons d’assister à son spectacle - c’est différent. Ce qui pouvait apparaître il y a encore quelques semaines sur le visage de Céline comme un brin de nostalgie, de tristesse après les terribles moments qu’elle venait de vivre, se transforme ici en une débordante joie de vivre. Sur scène, ici, elle n’est que sourire. On n’a pas le cœur gros comme chez nous. La star, ou plutôt l’enfant du pays, rayonne. Elle est belle, elle a coupé ses cheveux (comme elle le chante si bien dans Je t’aime encore). Ça la rajeunit.

À Québec, comme à Montréal (lors des 10 concerts donnés depuis le 31 juillet), comme à Paris après Anvers, Céline a changé de tenue. Cette fois, elle brille et se déshabille. Les bras nus et l’âme à nu. Et c’est en chair et en os, samedi après-midi, sous une chaleur de plomb, que la diva - terme mal usité dans son cas - a fait une apparition de plus d’une heure au milieu de son public massé, en plein air, derrière des barrières Nadar.

Céline recevait les clés de la ville de Québec pour 5 soirs. Des bisous, des autographes, des câlins à toutes les générations et l’événement était rendu national, retransmis à la télévision. Ici, dans son pays, durant tout l’été, on écoute, on respire, on vit Céline. "Elle ne vient pas souvent chez nous finalement", nous dit Carole à quelques minutes du concert de dimanche, se souvenant d’avoir vu, pour seule fois, son idole sur scène il y a près de 30 ans, dans cette même ville mais dans une salle bien plus petite... Le Québec est si fier de son trésor national, qui le lui rend si bien à son tour. Mais dans quelques jours, l’icône quittera ses terres.

Et après ? D’abord, il y a la sortie de ce nouvel album francophone - "pas triste" précise Céline, même si forcément dédié à René - qui, disons-le d’emblée (à lire ci-contre), ne décevra pas le moindre fan. Céline, elle, regagnera ensuite sa résidence "professionnelle" de Las Vegas, avec ses enfants. La vie continue, mais loin des siens, sans les lacs et les bleuets du Québec, elle sera peut-être moins réconfortante…

Ce qu’il faut retenir de l’album événement

Okay, si Céline le dit, c’est que c’est vrai : ce nouvel album, francophone, prévu depuis longtemps mais finalement enregistré après le décès de René, n’est pas triste. Il n’empêche qu’on déverse quand même sacrément des larmes ! Mais Encore un soir - son 15 e disque studio en français - n’est pas pour autant larmoyant. Il y a de la lumière derrière le deuil et de l’amour, beaucoup.

Alors, voici les titres à ne pas louper (sur un album qui en compte 15) sur le disque le plus attendu de Céline Dion depuis S’il suffisait d’aimer, sa 2e collaboration avec Goldman en 1998. Un sacré événement ! Passons le titre désormais incontournable Encore un soir, dernier chef-d’œuvre de Jean-Jacques pour Céline, car l’écouter en boucle nous fait dire qu’on aimerait tellement qu’il lui reconcocte tout un album…

D’autres grands prennent la relève, avec leur style, comme Cabrel et Lama qui lui offrent le titre Plus qu’ailleurs. Une belle façon d’entamer l’album sur l’amour inconditionnel qui lie Céline et René depuis des décennies… C’est doux et tendre. Tendresse infinie aussi dans Je nous veux où Celine la maman se projette le jour où elle rentrera vraiment chez elle. "Je nous veux tous heureux mes amours, mes enfants" chante-t-elle. "Je veux ma famille autour de moi/je nous aime à l’étroit". Sincère, la chanson colle à la peau de la femme. Comme Si c’était à refaire, l’une des claques de l’album. Là, il faut sortir les mouchoirs ! "Si c’était à refaire, je passerais par toi… Tu passerais par là… Tu serais toujours là". Pas besoin d’images. Laissez faire le piano et les violons… Et la voix tout en nuances de Céline. Du pur Céline Dion.

Qui chante aussi avec retenue, À la plus haute branche (choisi parmi des milliers d’envois de non-professionnels), titre le plus touchant de l’album, évoquant l’après-deuil, le manque, la chaise vide à table lors du réveillon. Ça débute sur des notes d’À la claire Fontaine (que Céline siffle en concert) et c’est juste très beau. On reprend des forces avec À vous, détonant et très réussi titre R’n’B - taillé pour les radios jeunes - signé Zaho (qui en signe 2 autres, moins bons) que Céline dédie à son indéfectible public.

Du sang neuf, il y en a encore avec Ma force (de Vianney) aux paroles ô combien révélatrices du caractère affiché par cette chanteuse "populaire" décidément pas "ordinaire". Céline donne tout, vocalement au top, sur Ordinaire, une reprise - totalement réorchestrée avec des cordes - du classique de Robert Charlebois, qu’elle a fait redécouvrir sur scène. C’est très, très puissant. "Un jour, quand je serai trop lasse, je songerai à céder ma place… Je ferai mes adieux avec classe, j’espère vous laisser une trace". À l’écoute de cette chanson, des cœurs se serrent. Et même si Céline chante toujours plus haut "j’me fous pas mal de la critique/Quand je chante c’est pour le public", - et franchement on la croit - on livre quand même notre verdict sur Encore un soir : cet album est le plus touchant de la carrière de Céline Dion.

Et si elle donne avec son cœur et sa voix ce que son public attend, en le surprenant même, Céline risque bien (si c’est possible) de l’élargir encore un peu plus, cet immense public…