La première comédie musicale de l'après- Notre-Dame de Paris marque la différence. Show éblouissant!

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE EDDY PRZYBYLSKI

PARIS Lorsqu'on évoque les trois comédies musicales au programme de cette saison, à Paris, on s'extasie surtout sur les chiffres des réservations de Roméo et Juliette et des Dix commandements. En regard, la troisième, Les mille et une vies d'Ali Baba, apparaît un peu si l'on peut dire comme le Petit Poucet.

Il faut dire qu'à la fin de l'automne, lorsqu'on présenta les artistes et les premières chansons du spectacle, tout le monde était sorti avec l'impression qu'on nageait dans les mêmes eaux musicales que Notre-Dame de Paris. En réalité, c'est archifaux.

Dire de l'une qu'elle est meilleure que l'autre relèverait de l'utopie. Rien n'est comparable entre ces deux spectacles. Notre-Dame, inspirée de l'oeuvre de Victor Hugo rapportée aux événements de l'actualité, est un spectacle à thème. Ici, tout est plus récréatif, plus coloré, plus drôle. Avec, en sommet, l'extraordinaire ballet de Cassim où les danseurs sont habillés comme les bagnards d'Elvis Presley dans Jailhouse Rock mais où les pas rappellent ceux de Louis de Funès dans Rabbi Jacob.

On ne peut pas davantage comparer Ali Baba aux grandes comédies musicales à l'américaine. Pourtant, il y a des évocations: un grand escalier, une parade des filles en maillots noirs, vestes colorées et boas. Façon années cinquante.

Ou aussi des boys dansant avec des miroirs. Mais tout cela tient de la caricature amusée de Broadway ou d'Hollywood à leurs grandes années.

Ali Baba est un superbe spectacle qui laisse une très grande part à la danse. L'entrée se fait d'ailleurs sur un joli ballet prouvant que la jeune chanteuse vedette de l'équipe, Sonia Lacen (celle-là même qui a fait un duo avec Johnny Hallyday au Heysel), est aussi une vraie danseuse. Dans la troupe, parmi les grands pros qui l'entourent, elle ne dépare jamais.

Elle est moins bonne et son partenaire, Sébastien Lorca, pareil lorsqu'il s'agit de jouer la comédie. Ils ont, tous les deux, tendance à en faire trop. Et ça sonne assez faux. Mais, en vérité, ils ont très peu de texte à dire.

Le troisième larron, par contre, Steeve De Paz, dans le rôle de Cassim, le frère d'Ali Baba, est éblouissant dans tous les compartiments. Chant, danse, comédie.

Les quarante voleurs

Scéniquement, on ne s'est pas compliqué la vie. Une seule masse occupe la scène. Qui s'ouvre parfois en escalier. Ou devient la montagne des quarante voleurs dont la formule magique, `Sésame, ouvre-toi!´, ramène à une voix de type répondeur automatique de téléphone, avec options, et provoque un lumineux tremblement de terre.

Derrière ce plateau, on projette d'énormes diapositives qui suggèrent des climats différents. Une nuit étoilée. Les dunes de sable du désert...

Il y a aussi beaucoup de couleurs dans ce spectacle qui a préféré une gentille moquerie à l'exotisme facile. Les quarante voleurs, par exemple, arrivent à la suite de leur capitaine qui conduit une drôle de moto side-car pour lui et sa fille, habillée en pirate.

Musicalement, c'est très varié, innovant, parfois audacieux avec le personnage burlesque de Madame Cassim, Ann'So, qui décline des chansons qu'on croirait issues de l'univers de Bertolt Brecht. Et quand même une série de chansons plus traditionnelles et très jolies.

Les mille et une vies d'Ali Baba sera présenté à Forest National le 25 novembre. Réservations: 0900/0091.