La fille de Serge a livré un spectacle tout en douceur et sensibilité pour le premier jour de Rock Werchter.

La première journée de la 45ème édition du festival brabançon a commencé doucement, dans la confidence, avec quelques concerts intimistes. Au milieu de l’après-midi, Olafur Arnalds, le multi-instrumentiste islandais, a tenté d’imposer sa musique contemplative et rêveuse devant une foule qui semblait plutôt vouloir se trémousser. S’il a eu du mal à se faire entendre, il a su malgré tout attirer quelques curieux, ravi de se trouver loin de l’agitation et d’approcher un style musical inhabituel lors d’un festival. Quelques heures plus tard, au Klub C, au tour de Charlotte Gainsbourg de défendre son dernier album Rest sorti en 2017, complété par l’EP Take 2 en 2018. Entourée de grands rectangles en néon et de ses quatre musiciens et d’un choriste vêtus de blouses blanches, la franco-britannique s’installe tout en tranquillité. La chanteuse ne fait pas dans les grandes entrées ou les shows surdimensionnés.

Habillée en double denim, l’actrice d’Antichrist prend place derrière son clavier. Elle se cache presque et s’essaye au flamand avec un timide “Goedenavond Werchter”. Il faudra attendre le titre “Sylvia Says” pour que l’artiste de 47 ans se lève et se montre au public. Veste Yves Saint Laurent enlevée, manches du tee-shirt retroussés, une main dans la poche, on la sent légèrement plus à l’aise. Pendant longtemps, Charlotte Gainsbourg a confié avoir du mal à dompter la scène et d’être tétanisée par le trac. Pour surmonter ce stress, elle s’appuie notamment sur Gerard Black, leader du groupe Babe et aperçu avec François & The Atlas Mountains, qui l’accompagne vocalement. Aux côtés de la chanteuse, c’est lui qui assure le lien avec le public, tandis que la fille de Jane Birkin reste les yeux baissés.

© JC Guillaume

Son cinquième album est le plus personnel, elle y évoque le décès de sa soeur Kate Barry et le souvenir de son père, notamment sur “Lying With You”. Pour la première fois, elle signe tous les textes, tant en français qu’en anglais, qui sont mis en musique par SebastiAn, producteur français de musiques électroniques issu du label Ed Banger. Un album hypnotique, pas simple à transposer en live, mais grâce à ses musiciens, le pari est réussi. La voix de Charlotte Gainsbourg s’entend à peine et les paroles paraissent imperceptibles. Un sous-mixage probablement volontaire, en phase avec son attitude nonchalante. La chanteuse joue sur sa fragilité et sensibilité. On ne peut que se laisser charmer.

Avec les morceaux “Deadly Valentine” et “Such a Remarkable Day”, le public, même si peu nombreux, s’agite et se balance. Charlotte Gainsbourg embrasse pleinement son héritage familial, tantôt Jane, tantôt Serge, elle prend le meilleur de ses deux mondes pour créer sa propre patte. Pour terminer son set, la chanteuse reprend le mythique “Lemon Incest” de son père avec qui elle partageait le titre quand elle avait douze ans. Parfumée à l’électro, la chanson est un joli hommage et se présente comme la fin naturelle à ses chansons écrites autour de sa famille.