Christophe: tous ses mots bleus...

Musique

L. L.

Publié le

Christophe a retrouvé la scène de l'Olympia après 27 ans d'absence pour un best of empreint de kitsch et de modernité

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE LUC LORFEVRE

PARIS L'Olympia est plongée dans l'obscurité totale et le silence. On distingue juste un voile qui masque la scène. Comme si le film allait commencer... Et c'est bien de cela qu'il s'agit. Un film de deux heures, truffé d'émotions, d'effets spéciaux, de surprises, avec entracte et générique de fin qui défile quand les spectateurs, encore bouleversés, quittent la salle.
On ne voit rien parce qu'il n'y a rien à voir. Ce n'est que lorsque l'oeil s'est habitué à la pénombre qu'il remarque sa silhouette. Cheveux gris/blancs gominés qui descendent sous la nuque. Santiags noires. Costard sombre... C'est de dos et à l'harmonium que Christophe Bevilacqua choisit d'affronter son public pour cette première live, 27 ans après son dernier concert, livré dans cette même salle et immortalisé sur un double vinyle collector.
Pour son grand come-back, le dandy un peu maudit de 56 ans s'est offert un spectacle à son image. Entre kitsch et modernité, entre intimité et démesure, entre rêve et réalité. Ce show, il l'a répété cet hiver dans une salle de Clermont-Ferrand mais personne, pas même Christophe, ne savait ce que ça allait donner pour de vrai. Nous en avons eu la primeur, dimanche, pour une répétition générale à laquelle ont assisté des invités (et non des moindres) triés sur le volet.

Retour à l'Olympia. Christophe est là et il n'est pas là. En fait, Christophe est dans son monde. Un monde rempli de souvenirs, d'images de films américains, de Betty Boop vintage, de juke-boxes, de bolides, de flippers, de néons et de néant. Visuellement, c'est très beau. Les lumières déclinent toute la palette des bleus. Bleus comme les nuits hollywoodiennes dans lesquelles il aime se perdre. Bleus comme les mots qu'il dit avec les yeux...
Le répertoire est très classe et fédérateur. Il défend (à raison) ses deux derniers albums (Bevilacqua et Comm'si la Terre penchait) et reprend tous ses tubes d'antan. Et là, il fait fort. Très fort. Sa voix est parfaite. Son groupe (11 musiciens, dont notre compatriote Pascal Charpentier au piano) aussi.
Après Elle dit, elle dit, elle dit..., Christophe quitte son harmonium pour rejoindre les devants de la scène et un escabeau transparent sur lequel il restera souvent juché. Un peu menteur est servi dans une version fidèle. La petite fille du 3e bénéficie d'un superbe nouvel arrangement accordéon/violon. Sur Ces petits luxes , extrait de Comm'si la Terre penchait , c'est un ciel transpercé d'éclairs qui secoue l'écran. Aline revient sur un mode mineur avec un Christophe très sobre dans sa gestuelle et une guitare qui crache un solo bien crade, digne d'un groupe de bal.
De Succès fous à Senorita , tous ses joyaux sont exhumés. Sur Les paradis perdus , coécrit avec Jean-Michel Jarre, on croit entendre une basse sortie d'un disque de Massive Attack tandis que l'écran diffuse un plan-séquence avec palmiers et route californienne à l'heure du coucher de soleil. C'est beau. C'est même très beau.
La seconde partie sera encore plus intense. On passera (pour garder la surprise) sur une chorégraphie et un numéro de magie (Christophe et son double) pour retenir Enzo , hommage à M. Ferrari, avec sang coagulé et samples saturés, de touchantes Marionnettes accompagnées seulement d'une guitare acoustique et d'un piano, ainsi qu'une version à faire pleurer des Mots bleus . Emu, touché et surtout touchant, Christophe reviendra seul avec sa guitare pour une version légèrement improvisée mais parfaitement juste de Petite fille du soleil . Un moment de grâce...

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