Un an après son manifeste hip-hop urbain, Mike Skinner, alias The Streets, revient avec un nouvel album implacable

BRUXELLES Voici un an, un jeune Anglais en polo Fred Perry et à la tronche d'hooligan secouait le cocotier hip-hop avec Original material, album enregistré dans son appart' trois pièces de Birmingham. Cousin improbable du réalisateur Ken Loach avec qui il partage la même approche sociologique et le goût pour les dialogues bruts, gavé de pétards, de bière sans mousse et d'émissions débiles sur les chaînes privées anglaises, Mike Skinner, alias The Streets, réussissait le hold-up parfait.

Véritables chroniques de la vie quotidienne, ces morceaux renvoient les rappeurs américains à leurs dérives matérialistes avec des textes au parler vrai, des sonorités minimalistes et un flow entêtant. Eminem n'a qu'à bien se tenir...

Les mois qui ont suivi sa sortie, Original material a fait un carton plein. The Streets a tourné dans le monde entier, avec notamment une prestation mémorable sous le chapiteau du festival de Werchter en juin 2003. Et Mike a continué sa petite existence de petit glandeur, partagé entre son canapé pourri, le pub du coin et l'épicerie du Paki qui se trouve en face. Sans rien changer à sa manière de penser et de travailler, il parvient pourtant encore à nous surprendre avec A grand don't come for free, nouvel opus qui vient d'atterrir chez les disquaires.

«On m'a proposé d'enregistrer dans des studios perfectionnés. On m'a donné de bons budgets et certaines personnes de ma firme de disques ont même glissé des noms de producteurs. Mais je n'ai écouté personne. J'ai voulu garder mes bonnes vieilles habitudes en enregistrant tout mon nouvel album dans mon appartement. Exactement comme je l'avais fait pour Original material.»

«Je ne crois pas qu'enregistrer un bon disque est synonyme d'argent et de moyens techniques ultraperfectionnés. Je préfère prendre tout mon temps et travailler dessus quand j'en ressens vraiment l'envie. Mes journées sont très banales. Je me lève. J'avale un breakfast et je regarde MTV. Je sors un peu. Je prends le métro. Je vais au pub. Ce n'est pas très passionnant et, honnêtement, je n'en suis pas très fier. Mais c'est cette existence qui me permet de trouver des idées de chansons que j'enregistre ensuite dans ma chambre avec un ordinateur et quelques machines.»

Sans parler de concept («On n'est pas chez Pink Floyd»), ce nouvel opus a un fil conducteur dans lequel tout jeune peut sans doute s'identifier. «Ce n'est pas de la poésie, ni des histoires sombres avec des filles en string, de grosses bagnoles et des Uzi qui balancent la purée. Dans cet album, je parle d'une relation entre un garçon et une fille qui se détériore. Il y a les scènes de ménage, les retrouvailles, les après-midi à se morfondre au pub, les longues errances dans les transports en commun. C'est hyperréaliste. Certes, ce n'est pas gai tous les jours mais c'est pourtant la vie vécue par beaucoup de gens. Et sans être 100% autobiographique, c'est quand même assez proche de ma propre expérience.»

S'il n'a pas changé de méthode de travail (le disque était déjà en chantier avant la sortie d' Original material), on sent malgré tout une certaine évolution vers des formats chansons. Dry your eyes est une superbe ballade traversée d'une guitare acoustique. La voix féminine sur le refrain de Blinded by the lights donne à cette chanson d'amour un parfum soul exquis. On citera encore Not addicted ou Get out of my house. Il avait été question également d'un duo avec Chris Martin, chanteur de Coldplay. «Il avait chanté sur le morceau Dry your eyes mais on n'a pas été plus loin. Ce n'est pas une question de contrat mais nous n'étions pas satisfaits du résultat. La version qui se trouve sur l'album correspond mieux à ce que j'attendais.»

The Streets, A grand don't come for free (Warner).

© La Dernière Heure 2004