Ce sont deux des plus grands tubes d'Annie Cordy, retrouvée inanimée chez elle, dans le sud de la France, ce vendredi 4 août. Mais comment son nés "La bonne du curé" et "Tata Yoyo" ?

La naissance de "La bonne du curé"

Johnny Hallyday en 1960, Claude François en 1962… et tous les autres. La génération rock et yéyé va enterrer de nombreuses stars des années cinquante : Gloria Lasso, Caterina Valente… Même les plus grands, Chevalier, Tino Rossi, Trenet tremblent sur leur piédestal.

Annie Cordy ? Quelques chiffres interpellent. En 1955, sa maison de disques commercialisait 26 nouvelles chansons ; en 1962, la production tombe à huit chansons (deux 45-tours). Cinéma ? Entre 1955 et 1960, on la voit dans sept films en cinq ans. Dans les cinq années suivantes ? Zéro !

Dans un cas comme dans l’autre, Annie n’y voit aucun rapport de cause à effet. “La vague yéyé n’a rien changé pour moi. Luis Mariano, Bourvil et moi, je vous garantis que les yéyés, on s’en foutait ! J’ai peut-être fait moins de disques dans les années 60, mais le disque n’a jamais été quelque chose d’important pour moi. Dans mon cas, j’ai eu la chance de me retrouver, avec Luis Mariano dans l’opérette Visa pour l’Amour qui a été un véritable triomphe.”

Les chiffres sont là ! À l’affiche de décembre 1961 au 3 mai 1964. Une opérette où les deux vedettes s’étaient mises au diapason de leur époque en se lançant dans un twist endiablé. “Après, Luis et moi, nous sommes partis en tournée. J’ai continué à faire de la scène. Ça, ça n’a jamais cessé.” En 1965, elle est notamment partie, pour dix-huit récitals, en Union Soviétique.

Il est vrai que, dans les années soixante, Annie a eu quand même quelques tubes : Choucrouten tango , Tu m’as voulue (Tu m’as eue) , Six roses , T’as vu Monte-Carlo … Ce ne sont pas des chansons immortelles, mais ceux qui ont connu l’époque les fredonnent rien qu’en entendant les titres.

Aucun rapport cependant avec la tornade qui va sévir en 1974. La bonne du curé ! “J’avais une amie belge, chanteuse, qui vivait à Paris avec un garçon, Tony Roval, qui jouait de la guitare et qui était totalement inconnu. Mon amie voulait que je vienne prendre un café chez elle et écouter un truc que son copain avait composé. J’y suis allée en me disant : ‘C’est bien pour elle que je fais ça.’ Tony a pris sa guitare. Il n’avait pas de texte. Il m’a joué ça comme un Espagnol. Cela n’avait rien à voir avec ce que j’ai fait. Mais je trouvais ça pas mal. J’ai appelé le parolier Charles Level qui nous a rejoints. Il a écouté. Charles a écrit le texte en une heure. Et je n’ai pas eu à changer la moindre virgule.”

Mais voilà ! Depuis quinze ans, Annie n’est plus une grosse vendeuse de disques. “Un directeur artistique m’a dit : ‘Vous vous rendez compte ? Le rire, c’est dépassé !’ Je revois Bruno, avec son cigare. ‘C’est dépassé ? Cela n’a aucune importance. Je l’enregistre, ce disque. À mon compte !’ Là-dessus est arrivé Monsieur Souplet, le grand directeur. Il est aussitôt intervenu dans la conversation : “Annie est ici chez elle. Elle y fait ce qu’elle veut. Si elle a envie de chanter La Bonne du curé , elle chantera La Bonne du curé .” C’était très gentil. Je l’ai d’ailleurs remercié.”

Un million huit cent mille disques vendus plus tard : “Ce jour-là, j’ai fait une mauvaise affaire : j’aurais gagné beaucoup plus d’argent si Monsieur Souplet était rentré à son bureau un peu plus tard.”

Cette chanson de 1974 va conduire Annie Cordy à des sommets qui dépassent ceux qu’elle avait atteints dans les années cinquante. On va la voir partout et dans tous les genres. Cinéma, comédie musicale et même théâtre. La chanson ? Un tube en amène d’autres : Jeanne la Tarzane en 1975 ; Nini la chance en 1976 ; La Madam’ en 1978 et, surtout, Tata Yoyo en 1980.

"Tata Yoyo" : la tante Yolande de l’auteur de la chanson

“Dans la rue, des gens m’apostrophaient en criant : “Salut Tata Yoyo !” ou “Ça va, Tata Yoyo ?” Même des mamans me disaient en riant : “J’en ai ras-le-bol ! Dès qu’on est dans la voiture, c’est : J’veux Tata Yoyo.” Si on nous avait prédit qu’elle allait connaître une telle carrière…”

On a dit de Tata Yoyo que c’était l’histoire d’un transsexuel. “C’est incroyable, ça ! Savez-vous qu’à une émission, on ne voulait pas que je chante T ata Yoyo  ? Il faut avoir un esprit tordu !”

La chanson a été composée par Gérard Gustin, qui avait déjà fait, quinze ans plus tôt, L’Incendie à Rio pour Sacha Distel. Le texte est de Jacques Mareuil. “Ils sont venus tous les deux chez moi et ils m’ont fait écouter la musique avant qu’il n’y ait un texte là-dessus. Ça donnait à peu près : Tata Yoyo Gna gna gna Gna gna gna Gna Gna… Par contre, effectivement, il y avait déjà Tata Yoyo dans ce texte qui ne voulait rien dire. Simplement, Jacques Mareuil avait une tante qui se prénommait Yolande. C’était elle Tata Yoyo. J’ai trouvé que la mélodie était très bonne. À partir de cet instant, Jacques Mareuil s’est collé au texte.

Cette chanson, c’est vraiment la garde-robe imaginaire de cette Tante Yolande du parolier Jacques Mareuil.