Mine de rien, c’est un pan du rock belge qui vient de disparaître. Peut-être pas le plus connu du grand public, encore que. Paul Decoutere, plus connu sous le nom de Paul Couter, s’est éteint mardi à l’âge de 72 ans a annoncé le promoteur Bath Foam Throne, emporté par le cancer. Il était hospitalisé dans l’unité de soins palliatifs d’un hôpital gantois depuis le mois de février indique Het Nieuwsblad. Si son nom ne vous est pas des plus familiers, une fois associé à celui d’Arno, les choses prennent une autre tournure.


Il y a 50 ans, ils se sont croisés à Ostende, bien que lui était originaire de Zeebrugge. D’abord au sein de Freckleface, un groupe de blues auteur d’un mini-LP réédiité il n’y a pas si longtemps mais qui n’a pas marqué les esprits. Ensuite, Paul Decoutere et Arno Hintjens ont décidé de voler de leurs propres ailes avec un duo pour le mois électrique: Tjens Couter, contraction de leur deux noms. Désormais appelé Paul Couter, lui oeuvrait à la guitare électrique, tandis qu’Arno s’époumonait au chant et à l’harmonica, en se démenant comme un beau diable sur scène.

Le "C" de TC Matic

Le groupe a sorti deux albums, réédités en 2015 au format sur vinyl, et une poignée de singles entre 1975 et 1979. Parmi ceux-ci: “The Javatrot”, “Honey Bee”, “Walking the Dog” (reprise de Rufus Thomas), l’improbable “Je vous aime comme un chou à la crème” et “Saturday Night Queen”. Au menu un blues rock des plus énergiques, tendant parfois, aux oreilles de certains, vers le hard rock, avec un son de guitare immédiatement reconnaissable et la voix déjà inimitable d’un Arno dont les déhanchements n’avaient rien à envier à ceux d’Iggy Pop.


Dès 1977, ils sont rejoints par le batteur Rudy Cloet et le bassiste Ferre Baelen, des noms qui parlent aux fans de TC Matic. En effet, en 1980, le groupe change d’orientation musicale et se rebatise de la sorte, TC étant toujours les initiales de Paul “Coutere” Decoutere et Arno “Tjens” Hintjens”. Mais l’aventure avec cette nouvelle formation ne va pas durer pour le guitariste qui rend rapidement son tablier. Il est remplacé par Jean-Marie Aerts qui a beaucoup contribué au succès de TC Matic.


"Avec Arno, nous sommes frères"

Contrairement à ce que certaines rumeurs véhiculent, il n’y a pas eu bagarre avec Arno. S'il y a eu séparation, cela n'a rien à voir avec un différend de la sorte et l'éloignemment n'a rien changé à l’amitié qu’ils se portent a-t-il tenu à préciser dernièrement. “Arno et moi, nous sommes toujours restés frères”, disait-il mi-mars. C’est le melting pot musical prôné par le groupe qui n’était pas trop à son goût. Ça partait dans tous les sens. “Tous ces boutons et ces sons électroniques, ce n’était pas mon truc. Je préfère garder le contact avec mon public et la vraie musique”, confiait-il dans la presse néerlandaise. Le guitariste figure d’ailleurs en interview dans la formidable mini-série Charlatan consacrée à Arno et à voir, en néerlandais uniquement, sur le site Internet de Canvas. Il se dit même que le guitariste et le chanteur se sont retrouvés mi-mars pour un dernier adieu, qu’ils ont “jammé” ensemble à l’hôpital.

© belga

Sous les radars

Loin des projecteurs tant recherchés par Arno, Paul Decoutere a lui continuer à jouer de la guitare pour ses projets personnels, dans une certaine discrétion, même s’il a été intrônisé parrain de la scène gantoise où il avait élu domicile. Le blues chevillé au manche de sa guitare, il se produisait dans des salles bien plus modeste que son acolyte des débuts."Il avait toujours de petits projets en cours, il faisait de la musique pour des films et des documentaires. Il est toujours resté sous le radar, n'a jamais voulu être le plus riche du cimetière", lit-on dans un article néerlandais paru sur pzc.nl.


Domisolo, son dernier album, est paru le 9 avril, alors que le musicien était aux soins palliatifs. Ce qui ne l’a pas empêché d’en assurer la promotion, essentiellement du côté néerlandophone du pays où il jouissait d’une notoriété plus grande que chez les francophones. Il s’agit du troisième volet d’un projet qu’il considérait comme l’oeuvre de sa vie.