C’est un des paradoxes du reconfinement décidé tant en France qu’en Belgique. Si les grandes surfaces restent ouvertes en tant que commerces essentiels, elles ne sont plus libres de vendre tout leur assortiment, contrairement à ce qui était de mise en mars-avril. Aujourd’hui, les supermarchés sont priés de vider une partie de leurs rayons afin de ne pas porter préjudice aux petits commerces condamnés, eux, à rester fermés. C’est le cas pour les articles d’habillement, le mobilier de jardin, les accessoires multimédia ou encore les rayonnages culturels. Une situation qui a fait sortir de leurs gonds le patron d’Universal Music et Vianney dont le nouvel album est sorti vendredi dernier.

"Extrêmement dommageable"

Dans les pages du Parisien, Olivier Nusse, à la tête de la major du disque, fait part de son incompréhension. “Sous prétexte de ne pas vouloir créer de concurrence déloyale entre les différents réseaux de distribution, on ferme tout et on pénalise tout le monde, les artistes les premiers mais aussi le public, déplore-t-il. Les grandes enseignes culturelles, les supermarchés et les hypermarchés représentent à elles seules 75 % de ventes physiques. La Fnac, c’est un tiers des revenus des ventes physiques en France. Alors que le premier confinement était plus strict, leurs rayons culture étaient restés ouverts. Et cela avait permis de maintenir un tant soit peu l’activité, même si le printemps est une période de consommation moins forte pour le disque. Tout fermer en cette fin d’année, c’est extrêmement dommageable.” 

Il faut reconnaître que l‘industrie du disque a de quoi stresser, les deux derniers mois de l’année, avec les fêtes de fin d’année, représentent 40 % des ventes de disques sur support physique dans l’Hexagone.

Des mesures radicales et illogiques

Olivier Nusse dénonce une situation qui met largement en péril la création. Vianney est bien placé pour en parler, lui qui a donc sorti son nouvel album vendredi dernier, juste au moment où les boutiques étaient priées de baisser le volet chez nos voisins. Toujours dans les pages du Parisien, le chanteur défend son jusqu’au-boutisme : “C’était le pire jour, mais nous sommes motivés comme si c’était le meilleur. C’est quasi du militantisme, dit-il. Avec mon label, on a le sentiment de faire preuve de courage, car on sait que l’on vendra moins d’albums que prévu. Mais on essaie d’apporter un peu de lumière dans l’obscurité. On revient à l’essence de notre métier : proposer une évasion.” Il pointe le manque d’empathie très palpable dans le chef des dirigeants qui adoptent des mesures “radicales et illogiques”.


Des scénarios différents pour les librairies

Si la situation est à peu de chose près équivalente en Belgique comme en France pour le marché du disque, il en va autrement de celui du livre. À leur grand mécontentement, les librairies françaises ont été contraintes de fermer, entraînant par là le report de l’annonce de la plupart des prix littéraires de l’année. Chez nous, ces enseignes ont été jugées essentielles malgré le flou entretenu le week-end dernier week-end, avant la publication de la liste des commerces autorisés à ouvrir par le gouvernement. Au même titre que les points presse, elles peuvent donc rester ouvertes.