La tournée de l'Irlandais passait par le Cirque Royal lundi soir. Sans Lisa Hannigan...


BRUXELLES Les craintes des fans les plus irréductibles de Damien Rice ont été confirmées par le biais d'un communiqué diffusé, en fin de semaine passée, sur son site officiel : les chemins du ténébreux chanteur irlandais et de sa moitié vocale, Lisa Hannigan, dont le lyrisme constituait l'une des pierres angulaires des deux somptueux édifices nommés O et 9 , se sont définitivement séparés. Pas d'explication superflue, donc, mais une question en pénétrant au Cirque Royal lundi soir : comment Rice allait-il (di)gérer cette séparation professionnelle ? Dans la pénombre, accentuée par la présence de quelques cierges disséminés sur scène, il ne fallut pas longtemps au compositeur anglo-saxon pour s'approprier l'espace et dissiper les craintes du public.

Guitare au bras, il se fendit tout d'abord, hors micro pour la première partie de la chanson, d'une interprétation tout en frissons du Professor & la fille danse . Idéal pour capter l'attention et, sans doute aussi, pour se mettre en voix, avant la première véritable montée en puissance de la soirée, sur Elephant et sa succession de cris déchirants. Avec une version relookée de Volcano , et son intro au djembé, Damien Rice livra ensuite l'une des interprétations les plus inattendues de la soirée, contre-pied dont il semblera presque s'excuser en revenant vers les mélodies mélancoliques (Older Chests ) qui ont bâti une grande partie de sa popularité. Se sachant en terrain conquis lorsqu'il déverse ses sublimes complaintes, le natif de Dublin, partagé entre clavier et guitare et soutenu par des musiciens discrets, s'évertuera ainsi à dérouter son auditoire durant 1h40. Hors de lui lorsqu'il triture ses cordes (au point d'en rompre) sur Rootless tree , Woman like a man ou lors du final hypnotique d'I remember , il peut retrouver son calme et afficher sa maîtrise dans l'instant qui suit (Blower's daughter , Sleep don't weep ). Moment de douce rigolade, aussi, lorsqu'il cède la parole, le temps de quelques jolis couplets, à sa violoncelliste Vyvienne Long, ou lorsqu'il invite une jeune chanteuse sur scène. Moment de franche camaraderie, ensuite, lorsque Rice, dont la langue se délie subitement, invite tout le groupe sur scène pour un jam enfumé et arrosé au vin rouge. Cheers darlin ! Enfin, tout l'esprit de la soirée fut résumé à travers le tempétueux Me, my yoke and I , et Cannonball , sans micro et... à genoux. Comme nous tous.



© La Dernière Heure 2007