Le rappeur bruxellois Damso, petit protégé de Booba, sort déjà son 2e album, Ipséité.

Après le succès de son premier album Batterie faible, Damso remet une couche de punchlines crues ("Tu n’as pas changé d’un poil pubien"), limite obscènes, sur les femmes. "Parler de sexe ne veut pas dire être sexiste, ce sont deux choses totalement différentes, insiste le tout jeune papa qui avoue en parler de façon sale dans son nouveau disque. J’aime la femme sous toutes ses formes. Elle fait partie de ma vie. Mais la sexualité aussi. J’ai 35 ans, j’ai connu des femmes. J’en parle donc, en bien comme en mal. Je parle de mes histoires et non pas de la femme en général, ce serait trop vaste. Je parle de sexe, mais pas de sexisme. La femme fait tout simplement partie de ma vie (sourire) !"

Ses chansons ou ses paroles ("Le succès rend mignon") sont d’ailleurs fortement autobiographiques. Damso chante même que son flow l’a sauvé. "Même si cela paraît prétentieux, mais cela fait aussi partie du rap game, je suis unique en mon genre."

Mention spéciale à son titre (Une âme pour deux) interdit aux moins de 18 ans à la fin d’Ipséité. "C’est chaud, donc il le fallait. On sait qu’il ne faut pas laisser écouter ça aux enfants."


"Ma plume est sévère"

" Batterie faible m’a fait perdre des amis, chante et nous confirme Damso, le rappeur belge déjà disque d’or. Mon premier album (sorti en juillet 2016, NdlR) a eu un tel succès qu’il m’a fait perdre des amis. Car le succès, ça dérange. Ce n’est pas toujours quelque chose de sympa, socialement parlant. Les gens ont toujours un mot à dire alors qu’ils doivent juste fermer leur gueule… Mais ce n’est pas grave, j’en ai gagné d’autres."

À commencer par Booba, le big boss du rap français avec plus d’un million d’albums vendus et parfois plus connu pour ses clashs. "Je ne suis pas dans la culture du clash", rassure l’interprète de Nwaar Is The New Black influencé par le jazz, les jeux de mots inattendus de Brassens et qui avait réalisé un featuring avec Booba à ses débuts sur Paris, c’est loin . "Si tu me fais chier, je règle ça direct, mais je ne vais pas au clash. Si Booba le fait, c’est aussi parce que les gens l’ont cherché quelque part. Ça fait vingt ans qu’il est là… il n’a pas attendu les cloches pour faire des disques de platine. On a tendance à l’oublier !"

Est-il important d’être validé par Booba ?

"C’est important de faire de la bonne musique. Si la personne qui en fait kiffe ce que tu fais, alors c’est qu’on est sur la même longueur d’ondes. Parce que si t’es validé, mais que tu fais de la merde, ça ne va pas t’aider…"

Au-delà du nom, qu’apporte-t-il artistiquement ?

"Comme j’ai toujours bossé solo, que je crée tout moi-même, j’estime déjà être un artiste complet. Je pense donc qu’il ne m’apporte rien dans la musique, mais dans le milieu de la musique, c’est autre chose. Je suis tellement réservé et dans mon coin que même pour m’approcher, c’est parfois difficile. Par contre, on discute beaucoup du game !"

Vos punchlines sont crues, voire sales comme vous le dites…

"La timidité, je l’ai dépassée. Car elle se résume souvent à la peur de l’autre. Je m’accepte. Mais c’est vrai que ma plume est sévère, c’est comme ça. Faire du sale, ça veut forcément dire qu’il y a un côté un peu cru. Mais, à côté de ça, il y a la qualité. Le morceau Dieu ne ment jamais peut paraître plus lisse mais qualitativement, c’est bien travaillé, c’est sale. Je n’ai pas peur de choquer, car personne ne l’est vraiment. Ils trichent. Ils aiment bien. Ils font semblant (sourire) ."

Ne serait-ce pas une provocation face au rap français trop lisse ces derniers temps ?

"Le rap français a toujours été chaud, voire violent. Suffit de voir NTM. Le rap belge a, par contre, souvent été plus lisse. Mais il est vrai que le rap est presque devenu de la variété pour certains. Dans ce sens-là, le rap s’est trop démocratisé. Ce n’est pas vraiment du vrai rap. Le rap, en fait, tu donnes le micro à quelqu’un et il fait ce qu’il veut. Le rap, c’est en toi et ça ne se lâche pas. C’est devenu de l’ADN plus qu’une identité musicale. Maître Gims restera toujours un rappeur même s’il fait toujours de la variété."

Que le rap soit devenu mainstream est-ce une bonne chose ?

"Pour le portefeuille oui (sourire) ! Mais artistiquement, c’est dangereux. Car on peut vite confondre succès et qualité. Et se perdre dans des sons que tu aimes moins juste pour plaire au grand nombre. Je ne me vois pas partir des mois en tournée et chanter des sons que je n’aime pas personnellement. C’est casse-gueule… Ce sont les médias qui osent plus en parler au final."

En savoir plus

Ipséité (Universal) et Damso sera en concert le 20/10 à Forest National, le 6/11 à l’Olympia et début décembre au Palais 12 pour le plateau Rapresente avec Booba.

Infos : www.ticketmaster.be.