How To Destroy a Relationship : The Servant sort son deuxième véritable album

BRUXELLES Cela fait maintenant quelques mois que Dan Black, l'âme de The Servant, s'est installé à Paris. "J'en avais marre de Londres pour plein de raisons. Je ne sais pas ce que les Anglais reprochent à Paris. Ils sont là à dire que les Français sont distants et froids, mais c'est justement ça que j'aime, moi. Cette espèce de distance. Je déteste quand les gens sont familiers avec moi. Peut-être qu'au bout d'un temps, vous pouvez trouver ça lassant. Mais à Londres, vous êtes tout le temps sollicité, il faut toujours être au top, être au courant..."

Les autres membres du groupe sont restés à Londres. "Ce serait un problème s'ils habitaient Manchester mais là ils ne sont qu'à deux heures de train. Et ce sera problème quand il faudra composer un album."

Un aveu de façade ? Car il est assez connu que The Servant, c'est Dan Black. Au point que certains poussent le bouchon à appeller le groupe non The Servant ou Dan Black and The Servant mais Dan Black and His Servants. "C'était davantage vrai sur l'album précédent, se marre-t-il. Cela sonne beaucoup plus comme un travail de groupe. Je viens avec les idées de chanson et ils écrivent leurs parties. La plupart des responsabilités pèsent sur mes épaules, je fais la plupart de la promotion. Quand nous jouons en live, nous sommes un vrai groupe. Travailler sur le website m'intéresse plus que les autres. Ils ne sont pas paresseux, disons qu'ils sont moins intéressés par divers aspects. Cet album est plus écrit dans un sens spécifique. Avec des guitares, les paroles et les mélodies. Il est plus ouvert vers le groupe. Ce n'est pas plus facile, c'est différent. J'ai fait des choses que je n'avais imaginées, uniques, qui m'ont surpris moi-même."

Et il faut admettre que si le garçon se débrouille correctement dans la jungle que représente la scène britannique qui se déniche un nouveau chouchou quasiment toutes les semaines, il rencontre davantage de succès en dehors des frontières. Du reste, après avoir sorti en 2003, un album éponyme, The Servant se fait débarquer par sa maison de disque. Quasiment disque d'or en France, ce premier véritable album n'aurait pas dégagé assez de bénéfices. "Moi j'estime qu'ils n'ont pas fait un assez bon job. Surtout en Angleterre où tu fais soit de la pop soit de la musique alternative. En tout cas dans le milieu commercial. Je ne pense pas qu'en Europe, les gens soient aussi concernés par l'étiquette que l'on accole à la musique. Ils aiment ou non. En Angleterre, on te demande si tu es ça ou plutôt ça. Et quand t'es entre les deux, t'es coincé. C'est un problème. Si je pouvais avoir plus de succès en Angleterre, je le ferais, bien sûr. Moi, je donne des concerts, je ne peux pas faire beaucoup plus. Il faut rencontrer les bonnes personnes au bon moment, il faut de la chance."

Avec onze chansons (il y en avait trente au départ, certaines étant rejetées démocratiquement par le reste du groupe) pop, aux mélodies entraînantes, aux textes moins naïfs qu'ils n'y paraissent, The Servant séduit. Ainsi en va-t-il avec la chanson - How To Destroy a Relationship - qui donne son nom à l'album. "La relation en question, c'est celle que j'entretiens avec... plein de gens. Comment garder des amis, rester amoureux ? En Angleterre, jamais on n'aurait le droit de publier un livre avec un titre pareil. Ce serait plutôt C'est une chanson qui peut sembler triste, mais j'avais envie de parler de ça de manière amusante. Une bonne partie de l'album est construite sur des contradictions."

Comme cette chanson où il demande à Lou Reed s'il l'écoute. "La réalité est assez différente de ce que j'imaginais quand j'écrivais adolescent des chansons dans ma chambre. À l'époque, je rêvais que Lou Reed allait les écouter. Je juge ironiquement les sentiments que j'avais alors. Je suis jaloux de ce que je ressentais, de cette candeur. Maintenant je connais la réalité, j'apprécie ma vie mais, dans un sens, le mystère a disparu, l'idée que la vie peut être magique."

The Servant, How to Destroy a Relationship (Recall group/Bang !)



© La Dernière Heure 2006