Nous avons assisté, au Zénith de Toulouse, au nouveau spectacle pour les Restos du cœur: Mission Enfoirés, au goût aigre-doux…

Goldman n’est plus un Enfoiré. Vive Jean-Jacques ! C’est en substance ce qu’on retiendra de plus fort du nouveau spectacle des Enfoirés proposé durant 7 représentations - toutes sold-out en un temps record, comme à l’accoutumée - au Zénith de Toulouse, ces derniers jours. Car J-J.G., pourtant désireux de rester discret ces dernières années, n’a jamais autant fait parler de lui depuis qu’il a abandonné, à 65 ans, son costume de patron du grand rendez-vous musical de l’année. Enfin, musical, corrigeons… Le spectacle, à l’origine lancé sur les noms de grands de la chanson française - les Mitchell, Johnny, Cabrel, Sanson, Sardou et forcément Goldman - fait aussi le plein chaque année (on ne vous apprend rien) d’artistes poussant approximativement la chansonnette…

L’ombre d’un Goldman qui a "passé la main" - et par là-même a refilé le bébé, à savoir l’hymne (moyen) de l’année, Juste une p’tite chanson - à la nouvelle génération, plane sur cette Mission Enfoirés, un peu comme une épée de Damoclès pèserait sur l’avenir du spectacle. Alors, pour ne pas se tromper, on implore Saint-Jean-Jacques - en lui dédiant, à défaut d’hommage, un sketch - et on n’essaie pas de tout révolutionner.

En cela, l’âme des Restos perdure : les artistes y mettent tout leur cœur et leur énergie. Ils s’amusent sur scène, spontanément, au cœur de sketches culottés et souvent très réussis (merci les Panacloc, Youn, Laroque, Jugnot et Canteloup) ou engoncés dans des costumes ridiculement drôles pour certains (le bel Amir en tutu, un régal). Visuellement, les Enfoirés remplissent indéniablement leur mission : la scénographie du spectacle est magnifique ! Les décors, s’étendant sur plusieurs mètres, plongent les (télé) spectateurs dans les cabines ou sur le ponton du Titanic, en pleine Révolution française ou dans la douceur d’une chambre d’enfants. Les codes du spectacle des Enfoirés demeurent les mêmes : ce n’est juste plus Jean-Jacques Goldman qui a le regard final sur l’ensemble (mais bien Véronique Collucci, veuve de Coluche, et la productrice Anne Marcassus).

Où sont-ils passés ?

Alors, entre hier (31 ans d’ère J-J.G.) et aujourd’hui, rien n’a donc changé ? Si, malheureusement… La troupe continue sa mutation (inévitable) contemporaine, s’adjoignant à chaque édition les services de nouveaux chouchous; après Soprano, voici Amir et Kendji. Une année de succès dans les bacs et bingo, on décroche désormais son ticket d’Enfoiré ! La nostalgie, très peu ici! À l’instar des titres qui sont désormais interprétés sur scène : des chansons qui sont, pour beaucoup, âgées d’à peine quelques mois, comme Sapé comme jamais (de Maître Gim’s) - difficile à interpréter de façon collégiale - et qui semblent plutôt refléter la playlist d’une quelconque émission de variétoche made in TF1. Dommage, tant le répertoire de la chanson française (sans parler de l’anglo-saxonne) est vaste.

Dommage aussi que si peu de grandes voix participent à la fête. Un premier exemple : après une flamboyante ouverture sur Je ne suis pas un héros, quatre chanteurs (dont deux confirmés) s’attaquent à Encore un soir (signée Goldman pour Céline Dion). De Patrick Bruel (toujours le plus populaire de la troupe depuis le début) à Julien Clerc en passant par Amir et Jean-Baptiste Maunier, aucun ne se montre un tant soit peu à la hauteur ! Deuxième exemple : quelle belle idée que de faire se rencontrer (enfin !) les voix de Nolwenn (pilier vocal du spectacle) et de Jenifer sur un très joli Hello (reprise d’Adele). Mais pourquoi faire retomber ce moment de grâce en encombrant la chanson de la voix hésitante de Matt Pokora et de l’anglais yaourt de Christophe Maé ?

Le tout nous laisse comme un sentiment doux-amer dans les yeux et les oreilles. Une Mission Enfoirés accomplie, mais qui ne nous envoie pas dans les étoiles ! Un spectacle à ne cependant pas louper prochainement en télévision (sur TF1): réduit à un peu plus de deux heures - sur les plus de 4 heures en live (entre changements de décors, blancs comblés par des artistes reprenant pour le plaisir l’une ou l’autre chanson) -, il ne devrait comporter que les meilleurs moments d’une soirée jouée sept fois.


Des fans belges pas toujours ravies
© D.R.

Nous avons rencontré, sur place, des irréductibles aux anges après le concert. Et d’autres déçues par l’attitude des artistes…

Elles sont venues de Belgique et elles n’étaient pas les seules. C’est bien simple, à l’aéroport de Toulouse, chaque pied posé prenait la direction du Zénith. Pour les copines de Charleroi, Christelle, Annelise, Valérie, Laurence et Maria, le concert des Enfoirés, c’est le rendez-vous annuel incontournable, et pas uniquement devant le téléviseur. "Ça fait 10 ans qu’on va aux concerts, c’est notre week-end entre filles !"

Pour elles, cette édition 2017 des Enfoirés était un bon cru. "Les petits jeunes se sont bien débrouillés ! C’est le renouveau qu’on a vu cette année." La preuve : dans le cœur de certaines, Amir a pris la place d’un pourtant indétrônable Patriiiiick Bruel. Chez les chanteuses, elles sont plutôt Tal, Nolwenn Leroy ou encore Zazie. "Et Michèle Laroque, elle est vraiment bien !" Le voyage jusque dans le sud-ouest de la France valait bien son coût (en dehors de la place à 63 euros)

Mais du côté de Pascale, Valérie, Nadine et Isabelle, venues de Liège, on déchante un peu plus. Elles n’ont pas assisté au spectacle - après 8 ans de fidélité à l’événement - car elles n’ont pas réussi à se procurer de tickets, mais ont tout de même fait le déplacement, au cas où... Ne fut-ce que pour croiser l’un ou l’autre Enfoiré dans les rues de Toulouse. Bien renseignées, elles ont fait le guet devant l’hôtel (Novotel) privatisé pour les artistes. En vain. "Le car des Enfoirés aux vitres teintées était stoppé devant l’entrée de l’hôtel, de sorte qu’on ne puisse pas les apercevoir entrer et sortir. Tal est quand même venue nous saluer, mais ils l’ont vite rappelée. Liane Foly aussi. Gérard Jugnot nous a fait un signe. C’est honteux ! La moindre des choses est d’avoir du respect pour le public. C’est quand même lui qui achète des places et des CD pour les Restos du cœur !" Pas sûr que les 4 filles refassent la route pour le concert des Enfoirés l’année prochaine : "On attend de voir ce que celui-ci donnera à la télé. Mais place aux jeunes alors !", nous lancent-elles, pas déçues cependant d’avoir découvert la ville rose.


Les grands absents… 
© TF1

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. En l’occurrence, cette année pour cette Mission Enfoirés, il n’y a pas que Jean-Jacques Goldman qui a brillé par son absence (définitive ?) de la scène. L’emblématique Mimie Mathy, succédant à Muriel Robin comme marraine du spectacle en 2008, n’apparaît que dans un sketch préenregistré. Opérée pour une hernie discale, la comédienne a dû s’absenter à contrecoeur de l’événement annuel. Pierre Palmade, lui, n’aurait pas trouvé de temps libre dans un agenda surchargé pour cause de création de son nouveau spectacle. "Bref, Les Enfoirés cette année, c’est compliqué", s’est excusé l’humoriste pourtant Enfoiré récurrent depuis 1993. Pas de Pascal Obispo non plus, parti en vacances…

Mais sur scène, samedi soir, il y avait tout de même 29 artistes. Certains allaient partir le lendemain, remplacés par d’autres. Hier, c’est Kendji qui allait effectuer ses premiers pas très attendus.