Sur son nouvel album, Frank Michael consacre avec émotion une chanson à sa mère décédée il y a 9 mois.

Il est inépuisable et le temps n’a aucune prise sur son succès. Chacun de ses albums est au moins disque d’or, ce qui n’est pas donné à tout le monde par les temps qui courent. Frank Michael est de retour avec La Saint-Amour et quatorze nouvelles chansons. Un album plus varié que le précédent où l’on croise une valse, un tango, un peu de country, etc.

Varié musicalement car pour ce qui est des textes, Frank Michael chante encore et toujours les femmes et surtout l’amour. Enfin, presque toujours. Car un titre fait bande à part : L’absence . "Je suis toujours heureux quand je chante, nous confie le chanteur. Sur scène bien sûr, parce qu’il y a le public. Mais aussi en studio. Cependant, j’ai eu beaucoup de difficultés à enregistrer cette chanson. J’ai perdu ma maman le 17 février dernier. Elle a été emportée par la maladie d’Alzheimer et j’ai beaucoup souffert. En signe d’amitié, Michel Mallory m’a écrit le texte de L’absence qu’il m’a envoyé alors que j’étais en studio pour l’album. Je l’ai tout de suite enregistrée. C’est la seule fois où en studio, j’ai eu les larmes aux yeux. On entend mon émotion. Ma voix n’est pas tout à fait comme d’habitude."

C’est curieux, vous qui chantez l’amour sous toutes ses formes, vous n’avez jamais été marié…

"J’ai connu une fille avec qui j’ai eu un enfant (Sandra) qui est la sœur que je n’ai jamais eue et qui m’a donné deux beaux petits-enfants. Mon métier m’entraînant aux quatre coins du monde, on a fini par se séparer, mais en toute amitié. Je suis resté un temps seul mais à présent, j’ai une copine. Elle comprend très bien mon métier et ça me rend heureux. Ce n’est pas évident de vivre avec quelqu’un qui est souvent parti…"

Qu’est-ce qui explique que vous ne vous soyez jamais marié ?

"Je n’y ai jamais pensé. Depuis le début, je me suis occupé de mes parents. Je suis fils unique et ils m’ont tout donné. Mon père m’a acheté un accordéon et une guitare. C’est lui qui m’a mis sur le chemin de la musique. Et quand ils vieillissaient, je me suis beaucoup occupé d’eux. Je pensais plus à mes parents qu’à ma propre vie. De 1982 à sa mort en 2000, mon père a souffert de problèmes de cœur énormes. Trois pontages, crise cardiaque, etc. Et un an plus tard, c’est ma mère qui a commencé à avoir des soucis. Tout en faisant mon métier, je me suis toujours occupé d’eux. Je suis heureux d’avoir pu faire les deux en même temps parce que la famille, c’est sacré. Aujourd’hui, je suis orphelin. Mais j’ai ma fille, mes deux petits-enfants et un gendre qui m’accompagne partout."

Vous chantez et vendez des disques aux quatre coins du monde. Vous avez conscience de faire partie de ce cercle restreint où l’on retrouve Mike Brant ou Joe Dassin ?

"Je n’y pense jamais. Je vous le jure ! Chez moi, je vis comme tout le monde. Quand j’y pense, c’est peut-être pour ça que mon public m’aime. Ne pas se prendre la tête. Quand je dédicace mes disques, après mes spectacles, j’entends les gens dire que je suis formidable parce que je suis comme tout le monde. Je n’entends que des compliments. Je ne me suis jamais pris pour quelqu’un d’autre. À mes débuts, par exemple, j’allais chez Joseph, le tailleur qui faisait mes costumes. Un jour, il m’a dit : "Qui sait ? Dans deux ou trois ans, tu ne viendras plus chez moi mais tu iras chez Pierre Cardin ou un autre" . J’ai répondu que non et je suis toujours allé chez lui. Mon dernier smoking, celui que je porte sur la pochette du disque, c’est Joseph qui me l’a fait ! Simplicité et fidélité."

En route pour l’Australie

Frank Michael, c’est un répertoire de 600 à 650 chansons. Ce sont 60 disques d’or et 4 de platine. C’est aussi Toutes les femmes sont belles , un tube vendu à 2 millions d’exemplaires, tous formats confondus. Ce sont également des concerts partout dans le monde. "De 50 à 60 par an, dit-il. Avant, ça montait à 150 mais avec le temps qui passe…" Pas de quoi toutefois le brider dans ses envies de répondre présent pour ses fans. "Je réattaque le Canada où ils m’attendent impatiemment. Je les ai tous les jours au téléphone ! Et l’Australie aussi. Je devais y aller l’an dernier mais je ne suis pas parti parce que ma mère était très malade. Et ça marche au Japon où j’aimerais bien retourner."

"Je suis fort triste pour Johnny"

Peut-on être en compagnie de Frank Michael et ne pas lui demander des nouvelles de Johnny ? Les deux artistes s’apprécient. Frank Michael est un des rares chanteurs pour qui le Taulier a composé un titre, Pour faire une chanson, disponible sur l’album Entre-nous (2003). "Je suis fort triste et inquiet de ce qui arrive à Johnny", nous dit-il. "Michel Mallory (parolier des plus grands, de Claude François, Sylvie Vartan, Sardou et bien d’autres, NdlR), qui est en contact permanent, n’a pas beaucoup d’espoir, non plus. Mais j’espère de tout cœur... Johnny a fait beaucoup pour moi. On a passé des moments ensemble. En 2003, j’ai été chez lui quand il m’a présenté la chanson qu’il m’a composée. Et il m’a fait faire une grosse télé. Johnny a un cœur grand comme ça ! Ça me fait de la peine ce qui lui arrive. Johnny, c’est l’Elvis Presley français. Il a une voix extraordinairement forte. Faire un duo avec lui, ce n’est pas évident. Un jour, dans son restaurant, on a chantonné ensemble. Il m’a dit "Ne pousse pas sur ta voix. Reste crooner. Toi, tu fais ton Dean Martin." C’est un beau compliment."