De quoi on a l'air ?

Musique

Isabelle Monnart

Publié le

De quoi on a l'air ?
© PIRARD

Jeff Bodart s'en est allé sur la pointe des pieds. Il avait 43 ans

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CHARLEROI La rumeur avait couru, voici quelques jours à peine. Jeff Bodart, victime dans la nuit du 26 au 27 avril, d'un accident vasculaire, était au plus mal. D'aucuns annonçaient son décès. On ne voulait pas y croire. On ne pouvait pas y croire. Démenti : le chanteur était toujours en vie, même si elle ne tenait plus qu'à un fil.

Hier après-midi, le fil s'est brisé et Jeff s'en est allé. Il n'avait pas repris connaissance depuis le drame. Il avait 43 ans et des projets plein la tête.

Hospitalisé à Charleroi - d'où il était originaire, - Jeff avait été plongé, dès les premiers instants, dans un coma artificiel, afin que le corps médical puisse contrôler au mieux les paramètres vitaux et établir un diagnostic des plus précis. Las !, jour après jour, les nouvelles qui nous parvenaient n'étaient pas encourageantes. Les différents examens pratiqués montrant que le cerveau était gravement atteint, le cortex ayant été touché en différents endroits.

Effondrés, infiniment tristes, son attaché de presse, les responsables de sa maison de disques n'avaient pas de mots, hier soir, pour dire leur chagrin.

C'est qu'au fil du temps et par la grâce d'un caractère humain, généreux et enjoué, Jeff s'était fait mille amis dans le métier et au-delà. Pas un de ses concerts qui ne se termine par un petit moment d'euphorie collective, succédant à une douce accalmie. Comme quand, le 14 février dernier, et sous les yeux de son amoureuse d'alors, Armelle, il faisait s'asseoir toute la rotonde pour entonner un très intime De quoi j'ai l'air ?

"Comme je suis plutôt de nature enthousiaste et aimante pour le reste de l'humanité, ça m'a plu de pouvoir aimer des gens que je ne connaissais pas spécialement" , nous confiait-il en janvier dernier, tandis qu'il assurait la promo de son nouvel album, Et parfois, c'est comme ça et évoquant les conditions plutôt idylliques dans lesquelles il avait pu mettre son disque en boîte.

"A un moment donné, j'ai eu l'impression que je partais un peu en vrille ", disait-il encore, sans fausse pudeur. "Pouvoir dire aux gens Regardez, j'ai redressé la barre, ça flattait mon vieil orgueil de mâle. J'ai eu une période un peu difficile, crise de la quarantaine qui arrive à tout le monde, mais qui a été exponentielle, comme toujours chez moi" . Mais le Jeff de tous les excès avait renoué avec le plaisir d'être là, sur scène, au milieu de ses potes. Et de faire ce pour quoi il semblait être né : chanter, rigoler, divertir, vivre.

Son trajet aura été stoppé net. La balançoire s'est arrêtée et à l'heure d'écrire ces lignes, on a le coeur plus que gros. Nos pensées vont évidemment vers sa famille et ses proches. Tous ceux qui l'aimaient. Et Dieu sait qu'ils étaient très très nombreux...



© La Dernière Heure 2008

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